La réincarnation

INTRODUCTION

La réincarnation est une idée qui monte. Des enquêtes révèlent qu’aujourd’hui entre 20 et 25 % d’entre nous, dans notre société, en admettent l’idée. Chez les jeunes la proportion s’élève à 31 % [1].

Cependant, le thème est à peu prés inabordable. Dans une discussion, souvent, je pourrais faire la remarque suivante : “ Ce que vous dites n’a de sens qu’à la condition de supposer que la réincarnation n’existe pas. Or, il y a beaucoup d’expériences qui semblent montrer que la réincarnation pourrait bien être une réalité ”. Si je ne la fais pas, c’est que très souvent cela ne me semble même pas possible. Mais pour inabordable qu’elle soit, elle est aussi inévitable, logiquement, sociologiquement et philosophiquement.

Logiquement, en raison de la qualité des observations qui tendent à montrer son existence. Sociologiquement, à cause de l’augmentation régulière du nombre de ses adhérents, et il faudra bien qu’un jour ou l’autre l’Université se décide à aborder le problème d’une toute autre manière que par le mépris souverain de ces observations. Mépris qui ne se justifie par aucun examen sérieux. Et philosophiquement enfin, à cause de l’extrême richesse de ses implications. C’est une révolution profonde qui est en train de s’opérer. On ne peut évidemment pas du tout penser de la même façon sur des quantités de questions si on pense que la réincarnation existe ou non.

Il est vraiment piquant de voir qu’une révolution silencieuse est peut-être en train de s’opérer sous le nez et à la barbe de nos intellectuels ainsi que de ceux qui, il y a seulement une quarantaine d’années, était disposé à faire une révolution extrêmement bruyante. Mais cela doit il nous surprendre ? Il y a un lieu où ils n’ont jamais été capables de faire la révolution : dans leur tête. Cette révolution est d’ailleurs bien plus radicale que celle qu’ils préconisaient. La leur ne concernait jamais que nos structures sociales, celle-ci concerne nos structures de pensée.

Ainsi, s’ils ont raté leur révolution, au moins ils ne loupent pas la contre révolution. Ils ont lutté contre cette idée et, pour beaucoup n’en doutons pas, ils lutteront encore avec une fermeture d’esprit totale. Mais vont-ils louper la contre révolution aussi radicalement qu’ils ont loupé leur révolution ? Cette révolution silencieuse va-t-elle finir par s’imposer ? Ou bien, la montée de l’idée de réincarnation n’est-elle qu’un simple feu de paille qui s’éteindra bientôt faute de combustible, ou encore est-ce une révolution totale pour la pensée qui est en train de s’opérer ? Tout dépend bien sûr de la qualité du combustible. Ici, ce sont les raisons que l’on peut avoir d’admettre cette idée. Si vous voulez en prendre la peine, vous verrez qu’elles sont tout de même plutôt robustes.

On observe une résistance considérable chez la plupart de nos intellectuels et dans la société à examiner attentivement les raisons qui ont pu conduire nombre d’entre nous à l’adopter. La chape de plomb est telle qu’il est à peu près impossible d’en parler en société ce qui fait que ceux qui l’admettent évitent généralement d’en parler. L’impossibilité d’en parler est responsable de la surprise quand on a découvert, en effectuant les statistiques, que tant de personnes avaient admis cette idée.

L’ostracisme de nos intellectuels ne doit pourtant pas nous étonner. Les révolutions intellectuelles se sont toujours faites grâce à une poignée d’entre eux contre lesquelles la majorité a combattu. Et si la vérité a malgré tout triomphé ce n’est pas grâce à eux, mais malgré eux. Et quand nos intellectuels se sont mis en masse à être révolutionnaire, c’était tout simplement que la révolution était à la mode. Autrement dit, la majorité d’entre eux a toujours été très réactionnaire, non pas au sens politique, mais au sens de résistance aux changements de pensée.

Mais ceux qui ne peuvent pas en parler n’en pensent pas moins, et ils ne peuvent plus du tout penser de la même façon. On est souvent vite pris pour un imbécile si on manifeste l’audace d’avancer une telle idée. Il ne manque pourtant pas de grands esprits pour l’avoir adopter, à commencer par Platon. Notre intelligentsia a pardonné à Platon d’avoir cru bon d’adopter une idée aussi saugrenue. C’était il y a deux mille cinq ans, on peut comprendre. On pardonnerait beaucoup moins bien aujourd’hui à un intellectuel d’adopter cette idée. Il en est tout de même quelques uns que la contagion a atteint mais en général ils se gardent bien de le dire, c’est plus prudent pour leur carrière. Depuis Platon, il y a tout de même eu la science et la philosophie des Lumières, comment peut-il y avoir encore des esprits attardés pour adopter une idée aussi saugrenue ? Toutefois la science n’est plus aussi sûre d’elle-même et les Lumières ont cessé de faire de l’ombre et ainsi l’idée ne paraît plus tout à fait aussi saugrenue qu’il y a quelque temps encore. Il serait grand temps que nous abordions ouvertement cette question sans préjugé et sans parti pris.

Je n’affirme pas que la réincarnation existe, mais seulement que nous avons d’excellentes raisons d’examiner de très près la question. Et que si nos intellectuels se refusent aussi obstinément à les examiner ce n’est point à cause d’un défaut de qualité de ces raisons mais cela ne tient qu’à leur fermeture et à leur rigidité d’esprit. Cette fermeture d’esprit est d’ailleurs telle que l’on perd généralement son temps à discuter avec des vieux croûtons à l’esprit rassis et que l’on ne peut guère valablement en parler qu’aux jeunes. Ils sont généralement beaucoup plus disposés à examiner sans partis pris et sans préjugé une question parce que leurs opinions ne se sont pas encore formées. Bien entendu, quand elles se seront formées, ils deviendront vite sans doute, à leur tour et pour la plupart d’entre eux, de vieux croûtons, et ils n’en changeront vraisemblablement plus quelles que soient la valeur des arguments qu’on pourra leur opposer.

Il est assez clair que le mouvement des idées est passablement entravé par des forces de résistances et qu’il doit beaucoup plus à des phénomènes d’ordre psychologique ou sociologique qu’à la pression du réel et de la logique. Mais à la longue, le réel réussit habituellement à triompher. L’assertion de Planck va sans doute se vérifier une fois de plus :

 « Une vérité nouvelle en science ne triomphe jamais en persuadant ses adversaires et en les amenant à voir la lumière : c’est plutôt que ces adversaires finissent par disparaître et qu’une nouvelle génération se lève à qui cette vérité est familière. [2]  » 

Ainsi, une idée qui monte le fait d’abord parmi les jeunes. On l’a vu dans la statistique que j’ai donnée plus haut. Je ne dispose pas de statistiques qui montreraient la différence entre les jeunes et les personnes âgées. Mais la différence serait sans doute plus profondément creusée. Que doit-on en conclure ? Que les jeunes seraient plus sensibles aux sirènes de l’irrationnel et que l’on ne peut plus prendre aussi facilement de vieux routard avec ce genre de calembredaines ; ou que les vieux auraient l’esprit plus rassis et que leurs neurones se seraient enkystés au point d’être incapables de se remettre en cause et d’examiner sans parti pris des arguments contraires à leurs préjugés ?

Je n’irais pas chercher chez les psychologues la réponse à une telle question. Ils passent beaucoup de temps à démontrer scientifiquement ce que n’importe qui peut constater avec un peu de jugeote et d’observation. Et il me paraît absolument clair que ce sont les vieux qui se cramponnent dans leurs positions plutôt que les jeunes qui seraient trop naïfs. J’ai donc choisit de parler de préférence aux jeunes avant que leurs neurones se figent.

L’Université fonctionne par la reconnaissance. Certaines idées, ou certains auteurs, sont reconnus, d’autres non. Les esprits conformes aiment à penser que cette reconnaissance est liée à la qualité des démarches par lesquelles ont été élaborées ces idées. Il y a, bien évidemment, une indéniable qualité dans la démarche de nos universitaires par rapport à celle que l’on peut observer ailleurs. Malheureusement, bien d’autres phénomènes jouent, et cette qualité n’intervient que pour une trop faible part dans cette reconnaissance. Pour être reconnu par l’université, il vaut mieux marcher dans les clous en boitant que de marcher correctement en dehors des sentiers balisés, un certain conformisme est indispensable. C’est un communautarisme comme tant d’autres où il est préférable de penser la même chose que le groupe, même si les marges sont simplement plus larges.

On considère généralement à l’Université qu’il va de soi que la réincarnation n’existe pas et on se croit ainsi dispensé d’un examen attentif des observations qui tendraient à le montrer. Rien ne va de soi, tous les philosophes sont d’accord là dessus, mais tout de même il y a des limites. Apparemment, nous ne sommes pas d’accord sur ces limites. Pour ma part, je n’ai pas considéré a priori qu’il allait de soi qu’il n’existait rien de tel. Ce qui m’a permis d’étudier la question plus soigneusement que ne l’ont fait ceux qui savent à l’avance ce qu’il convient d’en penser. Et il se trouve que ces observations m’ont paru très convaincantes. Prenons chez Jostein Gaarder un exemple de l’attitude que nos maîtres à penser adoptent vis-à-vis de ces expériences. Voici ce qu’il dit :

« Plusieurs expériences ont été faites qui ont clairement montré qu’en état second les médiums font preuve de connaissances et de dons dont les autres et eux-mêmes ignorent l’origine. Une femme ne connaissant pas un traître mot d’hébreu, par exemple, a transmis un message dans cette langue. Elle a donc dû avoir une vie antérieure, Sophie. Ou alors avoir été en contact avec un esprit défunt.

– Et quelle est ton opinion ?

– On apprit qu’elle avait eu une nourrice juive quand elle était toute petite.

– Oh …

– Tu es déçue ? Tu devrais au contraire t’émerveiller de la capacité qu’ont certaines personnes d’emmagasiner dans l’inconscient des connaissances si précoces.

– Je vois ton point de vue.

– Beaucoup de petites coïncidences dans la vie de tous les jours peuvent s’expliquer grâce à la théorie freudienne de l’inconscient. Si par exemple je reçois un coup de téléphone d’un vieux camarade que j’ai perdu de vue et que j’étais justement en train de chercher son numéro [...]

– Ça me donne des frissons !

– L’explication peut tout simplement être que nous avons tous les deux entendu une vielle chanson à la radio qui nous a rappelé le bon vieux temps. Tout le problème, c’est que le lien caché n’est pas conscient.

– Il vaut mieux en tout cas aborder ce genre de livre avec la plus grande réserve. Surtout quand on est philosophe. [3] »

Mais pour aborder ces phénomènes avec la plus grande réserve, il faudrait commencer par les aborder. Je crains que la plupart de nos universitaires n’aient jamais pris cette peine. Gaarder non plus, il parle manifestement à tort et à travers de ce qu’il ne connaît pas. Il est clair, par exemple, que ses explications sont totalement inappropriées à nombre de cas, notamment à ceux qu’a observé Ian Stevenson. Il a mis en avant une observation fragile et qui ne montre rien, tout en évitant soigneusement d’aborder des phénomènes beaucoup plus robustes.

C’est une démarche de la pensée totalement minable, mais extrêmement répandue, que de prendre les phénomènes les plus fragiles et les plus douteux et d’étendre la conclusion à tous les phénomènes du même genre. Mais une démarche saine et honnête pour la pensée consisterait toujours à raisonner sur les phénomènes apparemment les plus solides et ensuite d’étendre éventuellement la conclusion aux phénomènes les plus fragiles. C’est-à-dire exactement le contraire de qu’il a fait. Mais ce n’est pas du tout une critique personnelle, c’est ce qui se fait généralement. Une telle démarche est plus complexe qu’il ne le donne à croire. Gaarder dit aussi que :

« Et même si tu n’as rencontré toute ta vie que des corbeaux noirs, cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’existe pas de corbeaux blancs. Le philosophe comme le scientifique veillent à n’exclure aucune possibilité. La chasse au « corbeau blanc » est en quelque sorte le premier devoir de la science. [4]  » 

C’est effectivement l’image que les philosophes et les scientifiques aiment à avoir d’eux-mêmes, et sans doute, c’est ce qu’ils devraient faire. Mais, reste à savoir si c’est bien ce qu’ils font. En fait, ils ne prennent guère la peine de partir à la chasse aux corbeaux blancs. Et si d’aventure ils leur arrivent d’en trouver un, souvent, ils se gardent bien d’en parler, c’est plus prudent pour leur carrière.

Quand nos intellectuels abordent cette question, ce qui est rare, ce n’est généralement pas pour l’investiguer, mais pour s’en débarrasser. Il y en a même dont c’est la spécialité. Ils se nomment eux-mêmes “ zététiciens ” ou “ sceptiques ”. En fait, ce sont des faux, ou des fausses, sceptiques. Un sceptique c’est quelqu’un qui ne sait pas, eux ils savent. Leur approche ne consiste pas à se poser des questions ou à vérifier la validité de leurs présupposés. Elle est de l’ordre de la propagande. C’est-à-dire de tenter de faire adopter aux autres leurs idées, mais sans jamais prendre le risque que ce soit les autres qui leur montrent qu’ils pourraient avoir tort.

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*          *

Toutefois, bien que je sois acquis à l’idée de réincarnation, je ne chercherais pas ici à démontrer quoi que ce soit sur cette question. Je ne suis pas en position de le faire. J’ai une petite expérience personnelle de la question mais elle ne peut convaincre tout autre que moi. J’aborderai la question d’un tout autre point de vue que celui sous lequel elle est généralement abordée. Mon approche sur ce site sera purement philosophique et non factuelle. Ce qui m’intéresse est l’enjeu de cette idée. Les ouvrages qui traitent de la réincarnation n’abordent jamais la question d’un point de vue philosophique. C’est dommage. Quand aux philosophes patentés, ils n’abordent jamais la question de la réincarnation, même pas d’un point de vue seulement factuel. C’est encore plus dommage. Mais il va tout de même falloir qu’ils se décident un jour à le faire. S’ils s’avèrent que cette idée soit autre chose qu’un feu de paille il faudra bien qu’ils se décident à aborder la question sérieusement. Si vraiment, comme ils le pensent, il n’y a rien de sérieux derrière les observations qui tendent à montrer que la réincarnation existerait, il faudrait tout de même qu’ils prennent la peine de nous le montrer.

Chacun se rend compte que si la réincarnation existe, ou non, cela change beaucoup de choses, quoi que l’on pense de son existence effective. À la réflexion, on s’aperçoit que cela en change bien plus qu’on ne le pressent intuitivement. Je voudrais donc faire monter les enchères autour de cette question en demandant : “ Dans quel sens cela pourrait-il les changer ? ”.

Si la réalité de la réincarnation pouvait être établie, cela pourrait changer le paysage philosophique de notre société bien plus profondément que ne l’a changé la déconfiture du marxisme ces dernières années. Il est clair que nous en sommes assez loin, et on peut se demander s’il serait possible d’établir sa réalité, en supposant qu’elle existe. Mais que savons-nous de ce qu’il en adviendrait si ces expériences faisaient l’objet de l’investigation qu’elles méritent ? Cette question présente un immense enjeu et j’espère éveiller un peu l’intérêt pour elle. Et je ne parle pas du tout du réconfort que nous pourrions éprouver à savoir que nous allons survivre. Cette question est pour moi sans importance.

Il y a tout de même une catégorie de personnes qui pourrait opérer plus facilement cette révolution : les catholiques en général. Ils possèdent déjà l’idée de quelque chose qui serait susceptible de se réincarner : une âme. Et comme disait Voltaire : « Il n’est pas plus absurde de naître deux fois que de naître une seule. » Une telle idée ne semble pas vraiment contraire aux évangiles. Ils ne perdraient vraiment rien au change en remplaçant l’idée de résurrection par celle de réincarnation. Tout d’abord, l’idée de résurrection est plus que scabreuse, c’est le moins que l’on puisse dire, alors que celle de réincarnation s’enracine dans un ensemble d’observations très convaincants. En prime, ils auraient la possibilité d’élaborer une compréhension du christianisme bien plus satisfaisante et moins scabreuse que la leur. Je tenterai de la montrer. Mais gageons que l’inertie intellectuelle sera la plus forte, comme c’est trop souvent le cas. D’ailleurs, des statistiques montrent qu’il y a parmi ceux qui se disent catholiques presque autant qui croient à la résurrection (10 %) qu’à la réincarnation (8 %) [5]. Ce qui veut dire que 90 % de ceux qui se disent catholiques le sont d’une manière plutôt bizarre. Ces 90 % là éprouverons peut-être moins de résistance à examiner la question sérieusement. Il me faut présenter maintenant de quelle genre d’observations il s’agit.

PRÉSENTATION DES EXPÉRIENCES

Tout d’abord, ce que nous observons le plus souvent dans ce domaine est la transmission d’un corps à un autre de la mémoire de certaines expériences. Ces observations, comme ce que nous savons de la génétique, excluent la transmission par cette voie génétique. Une telle transmission ne provient pas en fait forcément de la réincarnation d’une âme individuelle. On peut considérer comme prouvée une telle transmission, mais l’interprétation reste délicate.

Mais nous avons aussi d’autres données. Dans notre culture, le plus ancien témoignage d’une expérience ayant trait à la réincarnation se trouve dans La République [6]. Platon y raconte comment un soldat nommé “ Er ” aurait été laissé pour mort sur un champ de bataille et aurait vécu une expérience qu’on appelle aujourd’hui une EMI (expérience de mort imminente). Il aurait séjourné dans l’au-delà et aurait rencontré des âmes en attente de réincarnation. Mais Platon vivait à une époque ou les pesanteurs intellectuelles étaient tout à fait différentes de celles d’aujourd’hui.

Depuis, d’autres personnes ont raconté des expériences interprétables dans ce sens. Voici, par exemple, un témoignage de Lamartine :

« Je n’avais, en Judée, dit-il, ni Bible ni voyage (guide) à la main ; personne pour me donner le nom des lieux et le nom antique des vallées et des montagnes ; pourtant je reconnus tout de suite la vallée de Térébinthe et le champ de bataille de Saül. Quand nous fûmes au couvent, les Pères me confirmèrent l’exactitude de mes prévisions ; mes compagnons ne pouvaient le croire. De même à Sephora, j’avais désigné du doigt et nommé par son nom une colline surmontée d’un château ruiné comme le lieu probable de la naissance de la Vierge. Le lendemain au pied d’une montagne aride, je reconnus le tombeau des Macchabées et je disais vrai sans le savoir. Excepté les vallées du Liban, etc … je n’ai presque jamais rencontré en Judée un lieu ou une chose qui ne fut pour moi comme un souvenir. Avons-nous donc vécu deux fois ou mille fois ? Notre mémoire n’est-elle qu’une image ternie que le souffle de Dieu ravive ? [7] »

Bien que cela soit toujours intéressant, on ne peut pas conclure grand chose d’un tel témoignage. Bien des expériences, plus convaincantes, ont depuis été entreprises. Albert de Rochas fut un pionnier dans l’utilisation de l’hypnose comme moyen d’explorer les phénomènes qu’on appelle aujourd’hui “ parapsychologiques ”. Il eut le mérite d’être le premier à nous donner la possibilité de réaliser des expériences répétables dans le domaine de ce qui pourrait être la réincarnation [8]. Depuis, bien d’autres ont recommencé ce type d’expériences. D’autres techniques ont également été mises au point, ou importées d’Orient, comme le lying. Des psychothérapeutes ont utilisé ces techniques avec, semble-t-il, des résultats intéressants. Malheureusement, ces psychologues ont généralement une optique très pragmatique et sont essentiellement intéressés par l’obtention de résultats thérapeutiques ; ils se préoccupent assez peu de tenter d’établir si la réincarnation existe ou non. Si les résultats thérapeutiques obtenus par ces techniques justifieraient à eux seuls une étude sérieuse, ils ne sont pourtant pas ce que ces expériences présentent de plus intéressant, et les enjeux philosophiques sont, à mon sens, beaucoup plus importants.

Il y a, en gros, cinq interprétations possibles de ce type d’observations ou de témoignages :

* Imagination

* Réminiscence de souvenirs enfouis de la vie présente

* Perception extrasensorielle

* Possession

* Réincarnation

La grande difficulté de leur interprétation réside en ceci que toutes ces possibilités ne sont nullement exclusives l’une de l’autre. Ainsi, prouver la validité d’une interprétation pour une expérience particulière ne dit rien des autres. Certaines de ces expériences sont dues à des réminiscences de souvenirs enfouis datant de l’enfance. Voici un cas rapporté par Raymond Moody :

« Ted était psychologue dans une petite ville du Sud. Par curiosité, il voulut faire une régression sous hypnose. Il fut surpris d’obtenir une plongée très vivante dans une autre vie où il faisait partie d’une ancienne tribu indienne du Sud-Ouest. On trouvera ici d’abord le récit de sa régression, ensuite la découverte de ce qu’elle devait à la cryptomnésie.

Je me suis trouvé entouré de constructions en pierre. Il n’y avait personne d’autre que moi, mais les maisons avait l’air relativement récentes et habitées.

J’ai commencé à marcher dans le village. Il y avait des bâtiments ronds dont je savais d’instinct que c’était des lieux de culte. Ils étaient ronds avec un sol surbaissé et des fenêtres placées de telle sorte que la lumière entrait en rayons majestueux. J’examinai toute la pièce puis je continuai la visite.

Il y a eu une scène où je passais sous une porte en m’accroupissant pour entrer dans une pièce. C’était une habitation. Il y en avait d’autres au dessus de nous et de chaque côté. J’avais l’impression que c’était mon foyer, que je vivais là.

À un autre moment, je me tenais sur un monticule au milieu du village. Je regardais les montagnes autour de moi, les collines verdoyantes et les vallées qui s’étendaient dans ce lumineux paysages du Sud-Ouest. Je me sentais très libre et j’avais l’impression d’être chez moi.

Ted fut stupéfait par son expérience. Il n’avait certes pas imaginé arriver à cela et ne savait vraiment pas quoi en penser. Pourquoi un indien ? Pourquoi un aperçu d’une vie passée qui n’avait apparemment pas d’autre sens que de montrer des images ? Ted était très perplexe.

Il découvrit par hasard l’origine de sa « vie antérieure ». Un jour où il était allé chez ses parents, sa mère voulut revoir quelques-uns des vieux films familiaux qu’elle avait retrouvés dans un débarras.

Quand toute la famille fut installée pour revoir les vieux 8 mm tout rayés, Ted découvrit qu’il regardait le film de sa régression, il s’était simplement souvenu d’un film pris dans les ruines d’un site indien lors d’un voyage en voiture quand il était encore petit.

« Tout y était. La pièce ronde destinée aux cérémonies religieuses, l’habitation, les montagnes dans le lointain, tout y était comme je l’avais vu. » [9] » 

Bien entendu, il est rare qu’un individu puisse bénéficier d’une telle coïncidence pour retrouver des souvenirs de sa petite enfance. Du coup, on peut suspecter que bon nombre de phénomènes, sinon tous, puissent relever de ce type d’explications. Cependant, ce n’est pas si simple. Pour vérifier qu’une telle expérience ne serait pas due à un souvenir enfoui il faut :

* Obtenir des renseignements vérifiables.

* Les vérifier.

* Établir que la personne ne pouvait pas les connaître.

Tout cela n’est pas facile, rien que l’obtention de renseignements vérifiables n’est pas du tout évident. Qui plus est, comment peut-on établir qu’une personne n’aurait pas connu à un moment, ou à un autre, ces informations ? Si on peut les vérifier, c’est généralement qu’ils sont accessibles. Et s’ils le sont, comment savoir que la personne qui les a fournis n’y a jamais eus accès ? Bertholet considérait la réincarnation comme prouvée, voici ce qu’il disait :

« Il reste encore un faisceau de preuves directes et expérimentales de nature à convaincre les plus sceptiques. Il existe dans la littérature psychique plusieurs cas de réincarnation parfaitement bien observés : des sujets ont déclaré se souvenir de faits en rapport avec leur vie antérieur, faits reconnus exacts après enquête rigoureuse. Les sages et les mystiques hindous, les bouddhistes connaissent et enseignent à leurs disciples des méthodes spéciales de méditation qui leur permettent, par un processus de régression de mémoire, de remonter dans leur passé et de prendre une connaissance directe, par le ressouvenir, de leurs actes antérieurs, accomplis non seulement dans cette vie, mais dans les existences passées. Le colonel De Rochas et d’autres expérimentateurs, après lui, sont arrivés expérimentalement par le moyen de passes magnétiques prolongées à provoquer un même état de réminiscence chez certains êtres particulièrement sensibles.

Ces preuves directes et expérimentales de la réalité du processus de la réincarnation sont si nombreuses dans la littérature psychique qu’il n’est plus possible de les récuser ; on possède à l’heure actuelle des faits de réincarnation si bien et si rigoureusement observés, accompagnés de preuves et de documents démontrant à l’évidence la réalité de la réincarnation, qu’il faut une forte dose de mauvaise foi ou une grande ignorance pour les nier ou émettre des doutes quant à leur véracité.[10] » 

Mais Bertholet ignorait les contre-expériences du type de celles que rapporte Moody, qui peuvent jeter la suspicion sur l’ensemble de ces observations.

Il y a trois interprétations possibles de ce type d’expériences :

* La réminiscence de souvenirs enfouis dans l’enfance.

* La réincarnation (sous deux formes différentes)

* La réception d’informations lors d’une connexion à une mémoire collective (ce que l’on appelle les archives akashiques) et l’identification de la personne à un individu.

La difficulté de ces interprétations est qu’elles ne sont pas exclusives l’une de l’autre. On peut même imaginer que les trois sont possibles.

J’ai éliminé l’interprétation bouddhiste qui me paraît très tarabiscotée et trop problématique. Pour le bouddhisme il n’y a pas d’âme individuelle. D’ailleurs, le bouddhisme ne parle pas de réincarnation, mais de renaissance. C’est un ensemble de causes et de conditions qui provoque une renaissance. Les causes étant évidemment d’origine karmique. Mais le problème est : Qu’elle est le principe unificateur ? Pourquoi un bout de karma d’un tel n’irait pas s’associer à un élément du karma d’un autre pour constituer cet ensemble de causes ? Les bouddhistes ont bien entendu une réponse  à cette question, mais je ne suis pas allé la chercher. Il y a toujours moyen de répondre à un problème par des hypothèses scabreuses qui ne font que susciter d’autres questions qui restent forcément sans réponse à un moment donné. Cela devient une soupe et un verbiage complètement fumeux dans lequel on peut noyer n’importe quel problème. Les jésuites font cela très bien et les bouddhistes en ont d’excellents.

Ian Stevenson a préféré observer des cas spontanés chez des enfants, il est alors beaucoup plus facile de s’assurer qu’ils n’ont pas pu connaître les renseignements obtenus. L’intérêt de ses observations est qu’elles permettent d’éliminer la première hypothèse. Il a mené des travaux [11] extrêmement intéressants, pour lesquels l’hypothèse de la réincarnation est inévitable même si on ne peut pas considérer qu’il ait prouvé la réincarnation, d’ailleurs lui-même ne le prétendait pas (sauf peut-être dans une première période de ses travaux). Il a observé plus de deux mille cas chez des enfants d’un âge généralement inférieur à cinq ans. Parce qu’il s’agit d’enfants et pour les observations qu’il a effectuées, les hypothèses de l’imagination ou de la réminiscence de souvenirs enfouis semblent totalement exclues. Il n’y a d’ailleurs pas observé que des réminiscences. Il a examiné parfois des marques de naissance qui correspondaient à des événements que ces enfants racontaient et il a pu vérifier que quelqu’un était mort d’une façon qui correspondait à leur marque de naissance, ainsi que bien des détails que ces enfants ne pouvaient connaître. Quant à penser que Stevenson aurait tout imaginé ou qu’il serait un mauvais observateur, ce n’est pas vraiment une hypothèse possible. Il était psychiatre, chef de service à l’hôpital de Virginie en Californie, il connaît donc très bien la méthode scientifique. Ce genre d’interprétation est également totalement exclu.

La troisième interprétation me paraît difficile d’autant plus que les ERM ont une grande valeur thérapeutique.

Toutefois, Laurent Guyénot dans un ouvrage intitulé Lumières nouvelles sur la réincarnation a élaboré une critique assez intéressante des observations de Stevenson. Critique que l’on peut prendre en compte, car elle est d’une tout autre qualité que les bavardages des pseudo-sceptiques dont je parlais plus haut. Et pour cause, sa critique fait intervenir l’idée d’esprit troublé qui se réincarnerait. C’est certainement une des meilleures critiques que l’on peut faire aux travaux de Stevenson, mais qui a l’inconvénient aux yeux de ces prétendus sceptiques de n’être pas compatibles avec le matérialisme. De toute façon, aucune interprétation alternative à la réincarnation n’est compatible avec le matérialisme. Voilà sans doute la principale raison pour laquelle nos intellectuels ne s’y intéressent pas.

Mais la critique de Guyénot ne vise qu’une catégorie d’expériences. Seule une étude approfondie de la question pourrait trancher le débat. Mais nos penseurs ont de solides œillères qui les empêchent ‘entreprendre des travaux sur la question.

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Il y a dans notre attitude et l’attitude des détracteurs tout de même une petite différence, qui réside en ceci : A. de Rochas, et bien d’autres après lui, ont fait des ERM (expérience de régression de mémoire) à l’aide de l’hypnose et ont obtenu des résultats très intéressants. On a attribué cela à l’imagination, parfois justement, parfois trop rapidement. Pour répondre à cette objection, Stevenson a préféré observer des enfants, et a pu obtenir d’eux des renseignements sur des événements qu’ils n’étaient pas du tout censés connaître, et qu’il a vérifié. Qu’avez-vous fait ? Maintenant que l’argument de l’imagination n’est plus possible ; vous ignorez ces observations. Mais vous ne pourrez pas les ignorer ainsi indéfiniment. La proportion de ceux qui admettent la réincarnation augmentant régulièrement, il vous faudra bien un jour daigner examiner ces observations. Mais je fais confiance à votre mauvaise foi et à votre inertie intellectuelle, vous réussirez peut-être, au moins pour une bonne part d’entre vous, à mourir avant.

Ainsi, il serait temps que l’Université s’intéresse à ces expériences. Cela ne prouverait certes pas son ouverture d’esprit ; c’est trop tard. Si l’Université avait l’esprit ouvert, c’est au temps ou A. de Rochas a publié ses premières observations sur ce sujet, qu’elle aurait dû s’y intéresser. Il y a longtemps que nos élites universitaires ont prouvé qu’elles étaient indignes de la confiance qu’on leur témoigne trop souvent. Mais, si vous n’avez pas fait preuve d’ouverture d’esprit quand il était encore temps ; il n’est pas du tout nécessaire que vous en rajoutiez.

Et le premier enjeu de ces expériences, s’il s’avérait que la réincarnation est un phénomène réel, serait le ridicule pour la majeure partie de l’Université pour être passé si longtemps à côté. Ce n’est pas là un enjeu philosophique, mais sociologique ; mais il n’est pas mince. Il en va de la confiance que l’on peut attribuer à ceux qui sont censés être les phares de notre société. Il me semble intéressant de saper la confiance que beaucoup accordent à nos intellectuels. Il est toujours utile de saper une confiance indue. Et l’autorité, l’audience, la crédibilité, dont ils bénéficient sont absolument injustifiées. La chute du marxisme a déjà fortement contribué à une telle perte d’autorité ; mais cette confiance est encore largement excessive. Et s’il s’avérait qu’il n’y ait rien d’intéressant derrière ces expériences, le ridicule sera pour ceux qui les auront gobés et évidemment tout particulièrement pour moi. Ainsi, s’agit-il de pesanteur d’esprit de la part de nos universitaires, ou de naïveté et de crédulité de la part de ceux qui les auraient inconsidérément acceptées ? Je laisserai à l’expérience le soin de trancher cette question.

Une des raisons pour laquelle on ne peut pas considérer que la réincarnation soit prouvée provient du fait que la notion de preuve est extrêmement délicate.

Stevenson connaît bien la méthode scientifique. Il a l’audace de l’utiliser pour tenter d’observer des phénomènes qui, pour la plupart de nos scientifiques, sont censés ne pas exister. Il a fait un travail d’une qualité remarquable ; pourtant nos intellectuels ne s’y sont pratiquement pas intéressés. Il est clair qu’il ne servirait à peu près à rien d’améliorer la qualité des expériences ; ils ne s’y intéresseraient pas plus. D’ailleurs, il serait sans doute difficile d’améliorer ces observations. La seule chose que je vois, que l’on pourrait faire de mieux, serait d’utiliser l’hypnose sur des enfants. Cela pose évidemment un problème éthique et ne pourrait, à la rigueur, se justifier que si on en escomptait un gain thérapeutique. Devant cet ostracisme, et plutôt que d’améliorer la qualité de ces expériences, je pense qu’il est plus intéressant d’examiner les arguments de ceux qui les rejettent sans examen. Le principal argument est sans doute : ces expériences ne sont pas scientifiques. Cet argument provient généralement de personnes qui ont une idée très floue de ce qu’est la science. Pour répondre à cet argument il faut élaborer une idée claire de ce qu’est la science.

Il y a un indice montre la qualité des travaux de Stevenson : les soi-disant sceptiques, ou les zététiciens, n’en parlent pratiquement pas. Vous ne trouverez à peu près rien sur lui. Leur prétexte est qu’ils ne peuvent pas tout étudier. Mais pourquoi ne commencent-ils pas par étudier ce qui semble a priori le plus sérieux et le plus intéressant ? Mais les déboulonneurs ne s’intéressent jamais qu’aux boulons les plus faciles à dévisser.

Scientificité des expériences concernant la réincarnation.

Les observations de Stevenson ou, les ERM [12], relèvent-elles d’une démarche scientifique, pseudo-scientifique, ou qui n’aurait rien à voir avec la science ? Patrick Drouot pratique une technique de régression de mémoire. Il dit que :

« Mon problème avec lui (Stevenson) comme avec tous les autres chercheurs qui mènent des investigations similaires aux siennes, c’est que je trouve leur démarche inappropriée au sujet. Je ne crois pas que l’on puisse « piéger » le phénomène de la réincarnation dans une évidence scientifique, ni qu’on puisse apporter la preuve de son existence (ou au contraire de son inexistence) à partir de la pensée cartésienne. Il n’y a pas d’objectivité possible dans ce domaine. On y croit ou on n’y croit pas mais on reste dans la croyance à partir du moment où on entend l’étudier « objectivement », c’est à dire de l’extérieur. Or qu’on le veuille ou non la croyance – quelle qu’elle soit d’ailleurs – influence le chercheur qui prétend étudier le phénomène. Le seul moyen, à mon sens, de sortir de la croyance est d’aborder la question de l’intérieur. C’est à dire que le chercheur expérimente lui même la RÉALITÉ – car il va s’apercevoir que c’en est une – de certains états modifiés de conscience dans lesquelles se produisent d’étranges réminiscences. À partir de cette approche personnelle, « expérientielle » […] de ces états modifiés de conscience, la recherche peut alors se développer. »

Drouot semble fonder son opinion sur ses propres expériences. La conviction que l’on peut acquérir en pratiquant soi-même une technique d’ERM n’a certainement aucun caractère scientifique. Voici ce qu’il dit de cette conviction :

« Parce que j’ai eu alors la certitude intime que Govenka et moi ne faisions qu’un, que nous étions la même entité, la même âme et que toute âme contient en elle toutes ses vies passées. Je ne me demandais pas si ce que j’avais expérimenté était réel. Je SAVAIS que cela l’était. Comme me disait un jour Pierre Weil […] tous ceux qui ont vécu ces états spéciaux d’éveil où la conscience transcende ses propres limites sont ainsi, ils n’ont plus besoin d’aucune preuve de la véracité de ce qu’ils ont vécu. Ils savent que cela est réel. À partir d’une telle expérience, la question de savoir si la réincarnation « existe » ou pas ne se pose plus. En tout cas certainement plus dans les mêmes termes […]. La seule, l’immense question qui demeure lorsqu’on a fait une fois l’expérience stupéfiante – et pourtant à la portée de tous – de franchir à la fois la barrière du temps et celle de son égo, c’est : qu’est-ce que la conscience ? » [13]

Les observations qu’a faites Stevenson sont cependant différentes. La différence est évidemment l’extériorité de l’expérience par rapport à l’expérimentateur. Écouter un enfant, recueillir des informations et les vérifier, n’a rien à voir avec l’expérience intérieure et la conviction intime que l’on peut obtenir en pratiquant une technique d’ERM. Non pas que les techniques de régression de mémoire soient forcément sans intérêt pour la science. Dans la mesure ou l’expérimentateur n’est pas celui qui effectue la régression mais est observateur, elle a le caractère d’extériorité nécessaire à l’expérience scientifique.

À partir du moment où une démarche n’est fondée que sur l’expérience sensible et la raison, il n’y a aucun motif de lui dénier le caractère de scientificité si l’observation peut-être reproduite. Cela ne signifie pas que si elle est reproduite par d’autres ils parviendront à un accord ; cela signifie seulement qu’un scientifique peut accepter d’entrer dans cette démarche sans renoncer à ses exigences. Et, cela signifie aussi que celui qui refuserait d’y entrer, qui refuserait de reproduire cette démarche, et qui cependant, prendrait position envers elle pour des raisons d’ordres philosophiques, celui-là cesserait du même coup d’être scientifique et ferait de la pseudo-science.

Pour mieux examiner et comprendre cette question, je réponds aux questions : “ Qu’est ce que la science ? ” et “ Qu’est ce qu’une pseudo-science ? ” dans ce texte.

Drouot doute qu’une telle démarche puisse parvenir à une conclusion. Mais conclure que l’on ne pourra jamais conclure, cela ne peut être fait qu’à la fin de la démarche et non à son début. Drouot ne justifie absolument pas sa position, ce n’est apparemment que son impression. Mais je lui trouve l’inconvénient d’être stérilisante ; et l’enjeu est trop important. Il me paraît beaucoup plus intéressant d’effectuer la démarche ; nous verrons à la fin ce que nous pouvons en conclure. Et je pense que nous ne pouvons absolument pas préjuger de la conclusion qu’il conviendrait d’en tirer si nous y investissions cent fois moins d’efforts que nous en avons consacrés à faire trois pas sur la Lune. Et elles en mériteraient bien plus. Et si nous pouvons conclure, nous pouvons au moins élaborer un bilan des arguments, ce qui serait en soi très intéressant.

Les philosophes et les expériences d’ERM.

Beaucoup d’eau va encore passer sous les ponts avant que ces expériences soient répétées, analysées et avant que l’on parvienne à un accord sur l’interprétation qu’il convient d’en donner ; si tant est qu’un tel accord soit possible. Mais, cela ne doit pas empêcher le philosophe de s’intéresser à ces phénomènes. Car, de toute manière, la question de savoir si la réincarnation est susceptible d’une étude scientifique est sans intérêt pour le philosophe. Ce qui l’intéresse est de savoir si elle existe. Et, pour répondre à une telle question, il peut faire appel à d’autres démarches que celle du scientifique ; notamment des démarches individuelles en pratiquant lui-même ces techniques de régression de mémoire. Si les exigences propres à la science ne lui permettent pas d’aborder certaines questions de certaines manières, cela regarde le scientifique, pas le philosophe. Et cela ne dit absolument rien, ni de l’existence de l’objet sur lequel porte la question, ni de la légitimité de se la poser. Ainsi, rien n’empêche le philosophe de pratiquer ces techniques pour son propre compte et d’élaborer sa conviction — quoique ce soit qu’il puisse penser par ailleurs de la scientificité de ces expériences —, et si, ce faisant, il doit laisser sur la touche les scientifiques ou ses collègues, ce n’est pas son problème. Il n’a pas besoin de leur accord ; une conviction personnelle est suffisante. Si l’intuition dont parle Drouot ne présente pas un caractère scientifique ; elle peut tout à fait suffire au philosophe.

Ainsi, s’il a le moindre doute sur l’existence de la réincarnation, elle devient pour le philosophe une question incontournable. En effet, on ne peut pas philosopher sans tomber, d’une façon ou d’une autre, sur une question essentielle  pour laquelle la question de la réincarnation, si elle existe, a quelque chose d’important à dire (ne serait-ce que la question du sujet, ce que je montre ici). Et si vous êtes absolument convaincus que la réincarnation n’existe pas, lisez au moins un ouvrage de Stevenson. Il me paraît très difficile, sauf à être tout à fait obtus, de pouvoir en lire un et de prétendre ensuite être sûr que la réincarnation n’existe pas. Même s’il n’a pas prouvé qu’elle existe, il y a au moins de fortes présomptions. Et ces observations sont largement suffisantes pour qu’il ne soit pas possible d’affirmer péremptoirement que celle-ci n’existe pas. Ils sont largement suffisants pour au moins ouvrir la question de son existence. Au moins pour ceux qui sont disposer à marcher en dehors des sentiers battus.

Si le philosophe ne peut guère éviter d’aborder la question de la réincarnation, s’il a l’esprit un tant soit peu ouvert, il est aussi une catégorie de scientifiques qui peuvent difficilement s’en désintéresser : ce sont les psychologues (si tant est que la psychologie soit une science). D’une part, les techniques d’ERM semblent avoir un grand intérêt sur le plan thérapeutique. D’autre part, parmi les scientifiques, ce sont eux qui possèdent les techniques nécessaires pour aborder ces phénomènes. Ensuite, ils ne peuvent certainement pas penser de la même façon, dans le cadre de leur démarche, si la réincarnation existe ou non. Parmi les scientifiques, c’est à eux que revient la tâche d’examiner ces phénomènes.

Il est stupide de philosopher comme si Stevenson n’avait rien fait. Les travaux de Stevenson ne sont pas uniques. Des observations semblables ont été faites avant lui, et d’autres équipes ont repris ses travaux. Ce qui est important, ce sont les arguments recevables. Et nous aimerions connaître les arguments recevables que l’on pourrait opposer aux observations de Stevenson. Il a écouté des enfants raconter ce qu’ils vivaient comme étant une vie passée, a recueilli des informations et les a vérifiées. Qu’y a-t-il de plus simple et de plus proche de l’expérience ? À l’inverse, des théories comme le darwinisme nécessitent des élaborations extrêmement complexes.

L’avantage d’une théorie proche de l’expérience est que le réel y exerce une contrainte à laquelle il est difficile d’échapper. Mais une théorie comme le darwinisme, ou le modèle standard, s’élabore à partir d’un ensemble de phénomènes si vaste qu’il est beaucoup plus facile d’échapper à la contrainte du réel. Et, n’en déplaise à nos philosophes et à nos scientifiques, si on opère une telle distinction, et que l’on tente de faire la part de la spéculation et de l’expérience, une idée comme la réincarnation est bien plus proche de l’expérience que, par exemple, le matérialisme, c’est le moins que l’on puisse dire. Et il est curieux et très révélateur de voir comment des personnes qui sont capables de délirer sans frein, comme les marxistes ont pu le faire, peuvent qualifier aussi facilement certaines idées comme étant métaphysiques et les rejeter sans aucun examen. Alors même qu’elles sont certainement beaucoup plus proches de l’expérience que les leurs ; et ceci tout en se prétendant réalistes avec un invraisemblable aplomb.

Une des raisons pour laquelle les scientifiques ne s’intéressent pas à ces expériences, me semble-t-il, est qu’ils se complaisent, d’une manière générale, dans les vérités dérisoires, et qu’ils se méfient énormément de l’interférence des émotions avec la pensée.

Ils ont raison. On peut aisément observer comment les émotions interviennent si facilement dans notre pensée et peuvent polluer un débat. Les scientifiques, en revanche, savent très bien débattre, c’est un plaisir de débattre avec eux. Mais le problème est qu’ils ne savent le faire que sur des questions insignifiantes. Mais quand elles sont signifiantes, leurs émotions interviennent comme chez presque tout le monde.

Et plutôt que de s’efforcer à la difficile ascèse qui consisterait à aborder froidement les questions brûlantes, ils préfèrent souvent la solution de facilité qui consiste à les éviter. Et la réincarnation est certainement une des questions les plus chaudes qui soit. Mais les philosophes ne devraient pas avoir de telles réticences. Ils s’intéressent justement, ou ils devraient s’intéresser normalement, aux questions les plus brûlantes.

L’attitude de nos universitaires vis-à-vis des travaux de Stevenson montre bien comment la spéculation peut prend le pas sur le réel et l’expérience. Ces travaux sont d’une grande qualité, mais cela ne sert à rien. Serait-il parfait, si cela voulait faire quelque chose, que cela ne servirait pas plus. Il faut bien d’autres choses pour vaincre la rigidité d’esprit et les préjugés que le réel et la logique. Il y faut la séduction ou d’autres forces comme la force de l’opinion publique. Et encore, cela ne suffit pas toujours. Qu’un quart d’entre nous admettent l’idée de réincarnation n’est pas encore suffisant pour que nos universitaires s’y intéresse et ceci malgré la qualité de certaines observations. C’est normal, plus une idée est fondamentale, révolutionnaire, plus on observe de résistance au changement.

Les implications philosophiques

La question de la réincarnation présente un immense intérêt sur le plan strictement philosophique à cause de la richesse de ses implications. La situation de la philosophie aujourd’hui est assez particulière. Elle bénéficie d’un engouement nouveau auprès de la population, qui n’est pas forcément de bon augure. De plus, elle est aujourd’hui dans une impasse. Mais elle est aussi libérée de nombre d’obstacles.

Voilà longtemps qu’elle n’a plus de compte à rendre à la religion. Mais il y a peu de temps encore, un philosophe se devait d’être engagé. C’est à dire de participer, d’une façon ou d’une autre, à la construction du bonheur de l’humanité. Aujourd’hui, heureusement, un philosophe se doit plutôt d’être dégagé. Et un quelconque engagement le rendrait suspect, au moins de complaisance, sinon de mensonge. De fait, nos philosophes engagés ne semblaient guère reculer devant le mensonge. De plus, la philosophie est désormais débarrassée de l’esprit de système et je ne crois pas qu’un authentique philosophe puisse s’en plaindre. D’ailleurs, certains l’ont cru morte, c’était ceux qui n’y voyaient qu’un ensemble de systèmes. Toutefois, il convient de comprendre pourquoi il n’est plus possible aujourd’hui de philosopher comme avant, de tirer les leçons de cette déroute des systèmes, et de voir à quelle condition on peut encore philosopher aujourd’hui.

Ils se sont effondrés parce qu’ils furent toujours bâtis aux dépens — quand ce n’était pas au mépris — de la réalité. C’est à dire en laissant de côté une certaine catégorie d’observations. Si cela avait l’avantage de faciliter considérablement la tâche des philosophes, l’inconvénient était que les systèmes ainsi conçus avaient une espérance de vie assez limitée (sans parler de la manière dont, souvent, ils réduisaient la nôtre). S’ils ne se sont jamais construits qu’au mépris de l’expérience et de l’observation, il serait bon qu’aujourd’hui cela nous serve de leçon. Écoutons Émile Bréhier :

 « Wolff dessine les traits, désormais permanents, de la spéculation allemande ; la détermination a priori des conditions de l’être restera, chez Kant lui-même, le but de la philosophie.

Mais, dès l’époque de Wolff, il y eut des philosophes pour se demander quels rapports il pouvait bien y avoir entre la réalité et cette construction philosophique a priori. N’était-ce pas aux dépens de la réalité qu’elle arrivait à une rigueur équivalente à celle des mathématiques ? [14] » 

On pourrait ajouter que la démarche de Kant l’a finalement conduit à limiter spéculativement la possibilité d’une philosophie spéculative. Les choses ont changé depuis, et certainement pas en faveur de la possibilité d’une démarche spéculative. Aujourd’hui, on peut presque dire que la possibilité d’une telle démarche est récusée expérimentalement. La physique, et plus particulièrement la théorie quantique, récuse définitivement la prétention de pouvoir déterminer spéculativement les qualités de l’être. On a trop facilement cru à une crise de la philosophie. Mais c’est seulement la possibilité d’une démarche essentiellement spéculative qui est définitivement obsolète.

Il y a une autre raison pour laquelle un philosophe peut trouver que nous vivons une époque formidable et que la philosophie se porte comme un charme. C’est que nous sommes dans un monde ou de moins en moins de choses vont de soi. J’ai assisté à un cours où le professeur nous racontait qu’il avait interrogé ses collègues en vue d’essayer de trouver une définition commune de la philosophie. Il disait que la seule chose sur laquelle à peu près tout le monde semblait d’accord était que : pour le philosophe rien ne va de soi, tout doit être légitimé, justifié. Le philosophe a compris que les idées qui sont censées aller de soi sont trop souvent celles d’un lieu et d’une époque ; et pour lui elles représentent plutôt un piège. Et elles doivent toutes, et surtout celles qui vont de soi, subir l’épreuve de la raison. Dans une société où quantité de choses vont de soi nombre de personnes se sente sans doute plus à l’aise ; mais c’est alors la philosophie qui ne se porte pas très bien. Ainsi, le philosophe peut être ravi de vivre dans un monde où de moins en moins de choses semblent évidentes. Mais il peut trouver qu’il y en a encore beaucoup trop, et il ne craint donc pas de pousser à la roue, ce que je vais essayer de faire.

Gilles Deleuze et Félix Guattari ont tenté d’expliciter ce qu’était pour eux la philosophie. Ils disaient : « Créer des concepts toujours nouveaux, c’est l’objet de la philosophie. [15] ». Ils ne cherchaient guère à évaluer la validité de ces concepts, c’est à dire leur rapport à la réalité. Il faut reconnaître à leur analyse une certaine pertinence, c’est effectivement ainsi que, très souvent, la philosophie se pratique. Mais, il reste à savoir si c’est bien ce qu’elle devrait être. La philosophie ne se limite certainement pas à l’étude de la réalité ; mais peut-elle en faire fi ? Ils semblaient d’ailleurs préférer la musique à la philosophie. En effet :

« Les concepts sont des centres de vibrations, chacun en lui-même et les uns par rapport aux autres. C’est pourquoi tout résonne. [16]  » 

Manifestement, nous partageons la même passion pour la musique et la philosophie. Ainsi, j’ai songé un moment à écrire une Critique en ré bémol majeur. Malheureusement, je n’ai pas leur génie pour pouvoir me permettre de synthétiser musique et philosophie. Qui plus est, à mon avis, il n’y a rien de tel que de faire vibrer les concepts pour provoquer cet emmêlement des synapses bien connus des neurologues sous le nom de “ syndrome des philosophes ”. Ainsi, même s’il est mélomane, un philosophe peut se montrer très réticent à l’idée de faire vibrer les concepts et peut préférer les confronter à la réalité. Nous divergeons aussi beaucoup sur nos goûts. Ils semblaient préférer la philosophie a capela. En effet :

« La philosophie a horreur des discussions. Elle a toujours autre chose à faire. Le débat lui est insupportable. [17] » 

Pour ma part, je trouve mieux penser en cœur et je préfère la musique a capela. Mais on peut se demander si nous pouvons prendre au sérieux des “ philosophes ” qui n’ont aucun souci de confronter leurs pensées, ni à la réalité, ni à la pensée des autres.

Le but de la philosophie est de bâtir un système de pensée, un ensemble de proposition qui serait sensé répondre aux questions essentielles que nous pouvons nous poser. Ainsi le philosophe se propose d’en finir avec la philosophie pour pouvoir passer à autre chose. Hegel, Marx, ou bien d’autres, ont eu la naïveté de croire qu’ils y étaient parvenus. Nous ne pouvons certainement plus avoir cette naïveté, et nous ne pouvons même plus avoir l’espoir d’y parvenir un jour. Dès lors, quel visage doit prendre la philosophie ? Doit-on y renoncer comme à une tâche impossible ? Où doit-elle se cantonner dans des questions partielles et fragmentaires ?

Entre une philosophie qui tente de bâtir un système, ou une philosophie subjective, comme celle de Nietzsche, ou encore le scepticisme ; il y a place aujourd’hui pour une investigation philosophique qui se cantonnerait dans la tentative de résoudre les questions fondamentales de la façon la plus satisfaisante possible. D’ailleurs, c’est bien en ce sens que la philosophie s’est déjà orientée ; ce qui lui laisse suffisamment de quoi faire. Si le philosophe ne peut plus prétendre édifier un système, reste à savoir s’il peut encore élaborer une vision du monde. La différence est qu’un système prétend répondre à toutes les questions, tout au moins les questions essentielles. Il fournit une vision globale, une vision “ holistique ” comme on dit. Laissons cela aux naïfs. Une vision du monde n’est pas aussi ambitieuse. Ne répondrait-on qu’à une seule question, c’est déjà une vision du monde, au moins si cette question est fondamentale. Un système est clos ; alors qu’une vision du monde est ouverte. Nous voulons également que cette vision du monde soit fondée. Sans espérer pouvoir parvenir à une certitude, nous attendons au moins qu’elle soit fondée le plus solidement possible. Aujourd’hui, élaborer une vision du monde que l’on puisse prendre au sérieux, ne pourra se faire qu’en prenant en compte l’ensemble de l’expérience humaine et en considérant que rien ne va de soi.

Il semble que nous soyons loin de la réincarnation, mais nous allons y revenir. Il existe une démarche en philosophie que l’on appelle la phénoménologie. Elle consiste, comme son nom l’indique, à élaborer une philosophie à partir des phénomènes observables. L’ennui, c’est que les phénoménologues ont toujours choisi les phénomènes à partir desquelles ils allaient élaborer leur pensée. Et les phénoménologues ont choisit un phénomène très particulier la conscience. Simplement, parce que nous avons tous une et que personne ne peut la nier. Tout ce que l’on peut nier, c’est que les autres en ait une cela s’appelle le solipsisme, mais qui présente tout de même assez peu de crédibilité.

Pour élaborer une authentique phénoménologie il faudrait partir de l’ensemble des phénomènes accessibles à l’expérience humaine. Et à défaut de partir de l’ensemble des phénomènes, s’il faut choisir, il convient de choisir en priorité ceux qui vont le plus à l’encontre de nos habitudes mentales. C’est une hygiène d’esprit élémentaire que nous aimerions pouvoir observer chez nos intellectuels. Je pale pas de la phénoménologie husserlienne, c’était une impasse, mais qui ne relevait pas de ce genre de critique.

Les implications philosophiques de l’idée de réincarnation sont si vastes que je ne peux en faire qu’une esquisse. Mais, de toute façon, je ne veux que mesurer l’enjeu de la question et ouvrir des pistes de réflexion. Il me semble intéressant de faire un bilan non exhaustif des questions, ou des problèmes, à propos desquelles ces expériences pourraient avoir quelque chose d’intéressant à dire, si elles pouvaient être confirmées :

* Invalidation du matérialisme (au moins un matérialisme strict).

* Opposition théisme/panthéisme.

* Réexamen des théories psychologiques et anthropologiques.

* La question du sujet et de l’identité personnelle.

* La question de la liberté.

* La question des valeurs.

* Réinterprétation de certaines notions fondamentales du christianisme (chute, sens de la souffrance, signification du mal, réponse au problème de la théodicée).

Je ne crois pas qu’il existe aujourd’hui une catégorie d’observations non reconnues dont l’enjeu philosophique soit aussi considérable. D’une manière générale, l’étude soigneuse des phénomènes médiumniques, des états modifiés de conscience, ainsi que les témoignages des mystiques, constitue un champ d’investigation très intéressant pour la philosophie. C’est par pur préjugé, par conformisme et mimétisme que la majorité de nos intellectuels s’en sont désintéressés. Je me suis limité à l’intérêt philosophique de ces expériences ; mais il ne s’arrête pas là. Pour les psychologues, les techniques de régression de mémoire présentent une méthode thérapeutique intéressante.

Ces expériences proposent à notre société un changement de paradigme considérable. Il n’est pas surprenant que l’inertie intellectuelle, qui est la même à toutes les époques, résiste à une telle révolution. A. de Rochas, Stevenson, et quelques autres, ont peut-être entamé une révolution intellectuelle comme il en est peu. Mais, il semblerait que ce qui leur confère pour moi un immense intérêt, représente, pour d’autres, un inconvénient. On pense surtout aux matérialistes ou aux catholiques, c’est à dire en somme à tous ceux qui adhèrent à un dogme. Par dogme, j’entends une idée à laquelle on adhère imperturbablement, qui n’est fondée sur aucune expérience, et au nom de laquelle l’expérience est éventuellement récusée.

La méthode scientifique opère une contrainte logique et observationnelle sur nos idées dont beaucoup cherchent à se dérober. Tout au moins, ils n’acceptent une telle contrainte que sur des idées triviales. Il est curieux en effet de voir comment, quand quelqu’un propose un traitement scientifique à une question aussi fondamentale que celle de l’existence de l’âme, presque tous se dérobent devant une telle approche, qu’ils soient spiritualistes ou matérialistes. Et ceci dans une société où la science est portée aux nues et où l’on attend tout d’elle. — Même si c’est de moins en moins vrai et qu’aujourd’hui on n’en attend plus guère qu’une résolution de nos problèmes pratiques. Même si c’est fort illusoire car la science posant souvent plus de problèmes pratiques qu’elle n’en résout. — Est-il possible de traiter scientifiquement une telle question ? Je ne prétends pas qu’un tel traitement soit forcément possible. Je dis seulement qu’il n’y a aucune raison de ne pas s’y essayer. Nous ne pourrons le savoir que quand nous serons allés au bout de cette démarche. Et il serait bon de ne pas la stériliser en prétendant a priori qu’elle est impossible. Et en supposant qu’il ne soit pas possible de trancher véritablement une telle question, cela ne signifie pas pour autant que la démarche scientifique n’aurait rien d’intéressant à dire sur elle.

Faire passer la réalité avant ce qu’en disent les livres, l’expérience avant le concept, je comprends que je dérange énormément vos vieilles habitudes. Mais je prétends que si la philosophie est dans un tel marasme aujourd’hui, c’est justement parce qu’elle a attribué plus de poids à la spéculation qu’à l’expérience ; et que la seule façon de l’en sortir est d’inverser l’ordre de ces priorités. Les philosophes auraient dû comprendre qu’entériner la Critique de la raison pure aurait dû changer quelque chose à la pratique de la philosophie. Et qu’est-ce que cela aurait dû changer, sinon les inciter à une plus grande attention à l’expérience ? Cessez donc de considérer que l’histoire d’Er de Platon est nécessairement un mythe. Cette attitude serait tout à fait légitime s’il n’existait aucune observation aujourd’hui qui corrobore cette histoire ; mais c’est loin d’être le cas aujourd’hui. Vous pouvez penser ce que voulez de l’existence de la réincarnation, mais il serait bon de ne pas penser à la manière du premier imbécile venu. C’est à dire de juger à tort et à travers de choses dont on ne connaît pas un traître mot. A fortiori si cette chose n’est pas n’importe quoi, mais une notion clef qui, selon qu’on l’accepte ou non, va modifier radicalement notre pensée. Dans ce cas, se comporter comme le premier imbécile venu, devient de la folie pure.

Que la réincarnation existe ou non, des centaines de millions de personnes, ou plutôt des milliards, sont profondément concernées par cette question. Si elle existe, il faut que cela se sache, et si elle n’existe pas, il faut que cela se sache aussi. Dans un cas comme dans l’autre, des centaines de millions de personnes pourraient être amenées à changer profondément leur façon de penser. Même s’il est vrai que, d’une manière générale, l’inertie intellectuelle est telle qu’il ne sert pas à grand chose de montrer à quelqu’un que sa façon de penser est erronée ; même si on a, pour cela, des arguments extrêmement solides. La plupart du temps, ces personnes trouvent un mauvais prétexte pour pouvoir continuer à penser de la même façon, et ne changent d’avis que quand elles ne peuvent vraiment plus faire autrement.

L’Université ne connaît que ce qu’elle reconnaît. Et un “ philosophe ” peut fort bien faire toute sa carrière en ne connaissant que ce que l’on réclame de lui. Si l’on veut s’assurer une situation confortable dans la fonction publique c’est une attitude tout à fait adaptée. Mais un authentique philosophe, c’est à dire celui qui est réellement à la recherche de la sagesse, ne peut se contenter du programme universitaire et se permettre d’ignorer, ou de rejeter, toute une partie de l’expérience ou de la pensée humaine. Mais on peut se demander si une démarche authentiquement philosophique est compatible avec une carrière universitaire.

Et si réellement, il y a quelque chose de valable derrière les expériences d’A. de Rochas ou de Stevenson, alors le travail que vous avez effectué depuis plus d’un siècle n’est absolument pas sérieux, et vous n’avez plus qu’à tout recommencer. Je vous invite donc à tout recommencer en tenant compte de l’intégralité des observations. Je comprends que cela vous change et que je ne vous simplifie pas le travail. Et ce qu’il vous faudra penser de ces observations, peu importe ici. Mais je vous demande à ne pas mettre vos conclusions au début, mais plutôt à la fin de votre raisonnement. Si vous daignez vous intéressez à ces expériences et éventuellement les refaire vous-mêmes, et si vous deviez en conclure que la réincarnation existe, je vous ai fourni du travail pour quelques années. Il vous faudra en effet tout, ou presque, repenser. Mais :

« Le vrai savant le vrai philosophe sont d’abord des individus qui se libèrent des idées toutes faites que leur ont inculqué leurs parents, leurs éducation, leur milieu, leur classe, la période historique et la civilisation auxquels ils appartiennent. On ne saurait trop insister sur le fait que bien souvent penser signifie repenser. [18]  » , disait mon ami Charles Duits.

J’ai conscience d’avoir dit et démontré ces choses avec une certaine lourdeur. Si j’ai cru bon d’enfoncer le clou avec une telle obstination, c’est que nous nous heurtons à une lourdeur d’esprit assez phénoménale. Il est effarant que des expériences de la qualité de celles d’A. de Rochas ou de Stevenson restent ignorées depuis si longtemps. « Ne rejetez rien, examinez tout et retenez ce qui est bon. [19] » ; disait Paul de Tarse. Quel conseil de sagesse plus simple, plus élémentaire, et plus évident pourrait-on imaginer ? Pourtant cette sagesse toute élémentaire semble hors de portée de la plupart de nos philosophes et de nos intellectuels, qui ne semblent guère soucieux d’un examen attentif des arguments que pourraient avoir à leur opposer ceux qui ne partagent pas leurs idées.

Je comprends que dans un monde où il se publie plusieurs dizaines de milliers de livres chaque année, il ne soit pas possible d’examiner tout. Mais il y a aussi des millions de lecteurs, et quand on trouve un bon livre on se passe le mot. Mais le problème est qu’il y a des mots qui ne passent pas. Il suffit qu’un livre parle de réincarnation pour que beaucoup ne prennent même pas la peine de le lire, et ceci quelque soit la valeur des arguments, la rigueur de la démarche, la qualité des observations et l’importance du sujet. Mais le pire est qu’ils ne s’arrêtent généralement pas à cette étroitesse et à cette fermeture d’esprit. Si vous avez été moins borné qu’eux, que vous ayez pris la peine d’examiner soigneusement les arguments, et que vous avez jugé bon d’en conclure qu’il pourrait bien exister quelque chose de tel ; non seulement les esprits obtus ne prendront pas plus la peine de les examiner pour autant, mais en plus c’est vous qu’ils prendront pour un imbécile, quand le seul tort que vous avez eu fût simplement d’être moins borné qu’eux.

Toutefois, nous vivons à une époque où les remises en cause sont inévitables, incontournables. Et tant pis pour les esprits chagrins qui sont navrés de ne plus pouvoir s’accrocher à leurs petites certitudes. La philosophie est en crise prétend-on. Mais la crise de la philosophie, ce sont simplement les philosophes qui se sont enfin rendu compte que depuis 2 500 ans ils avaient passablement déliré. À mon avis, cette crise serait plutôt un signe de bonne santé (tout à fait relatif), et une simple crise de croissance, comparable à la crise de puberté. Il n’y a pas là de quoi s’inquiéter, bien au contraire, les philosophes sont simplement en train de sortir de l’enfance, en tout cas on peut l’espérer. On peut-être espérer qu’après cette crise, les philosophes se fieront plutôt à l’observation qu’à leurs livres pour décider de ce qui a, ou non, le droit d’exister. Ce qui me semble une conduite plus normale pour la pensée. Ce n’est pas que nos philosophes soient devenus plus sages, mais plutôt la spéculation a fait long feu. Il va donc falloir qu’ils apprennent à changer d’attitude.

Notre époque est confrontée à un formidable défi. Nous avons sans doute des problèmes, mais cela n’est rien, et le véritable défi est philosophique ou spirituel. Et celui-ci est autrement plus grave, plus profond, et il n’est pas évident que nous réussirons à le relever. Nous avons besoin de rigueur et d’intelligence, mais aussi de courage. Le courage de ne pas démissionner devant ce défi. Le courage de ne pas fuir devant les conséquences indésirables de notre pensée et d’accepter d’en payer le prix. Et non pas comme le font les relativistes qui démissionnent d’une façon sans doute très tentante pour les esprits paresseux. Nous ne pouvons plus nous bercer de paroles creuses et nous nourrir d’illusions, de philosophies à la petite semaine, qui ne faisait en fait que reconduire les problèmes à une date ultérieure.

Nombre de personnes n’aiment pas du tout l’idée de réincarnation. Souvent, elles objectent que celle-ci concourt à décourager les luttes sociales. Ces personnes ont très bien perçu le lien qui existe entre l’idée de réincarnation et le fait qu’elle décourage ces luttes. L’argument porte donc sur l’indésirabilité de l’idée, et non sur les raisons que l’on pourrait avoir de l’admettre. Mais l’(in)désirabilité d’une idée ne dit strictement rien sur sa vérité ou sa fausseté ; et ne nous renseigne guère que sur les réactions émotives de la personne qui la juge (in)désirable. Ainsi, si l’argument est pertinent, à l’encontre de quoi doit-il être utilisé ; envers la réincarnation, ou les luttes sociales ? Il est clair qu’il ne dit strictement rien sur l’existence possible de la réincarnation. En revanche, si la réincarnation existe, il dit effectivement quelque chose à l’encontre de la pertinence de ces luttes sociales. Quel horreur !

Nombre de chrétiens font souvent une objection semblable, qu’ils expriment dans leurs propres termes, en disant que l’idée de réincarnation décourage la charité. Bien évidemment, l’idée de réincarnation ne change absolument rien à la charité en tant que telle, mais peut changer la manière dont elle s’exprime. Mais ils feraient peut-être mieux de se demander s’il ne conviendrait pas de s’en prendre à Dieu. Puisque, comme je le montre ici, la réincarnation est la seule réponse possible au problème de la théodicée.

L’idée de réincarnation est terriblement subversive. Car elle constitue une attitude vis-à-vis de la vie radicalement différente de l’attitude courante. En effet, la véritable subversion ne consiste pas à proposer d’autres moyens d’atteindre une même finalité (comme le marxisme par rapport à la société bourgeoise) ; mais au contraire, de contester radicalement cette finalité elle-même. En comparaison, la révolution marxiste, au plus fort de son histoire, n’était qu’une agitation de collégien. Pourtant, une telle subversion peut ne faire que très peu de bruit. Rares sont ceux capables d’accepter une telle idée. Mais surtout, pour celui qui l’accepte, et qui en tire les conséquences, c’est à dire qui en vit, il devient étranger à ce monde et à cette société. Celui qui adopte une attitude vis-à-vis de la vie radicalement autre, n’est pas subversif au sens étroit du mot, et laisse la politique aux agitateurs. Sa révolution est cependant bien plus radicale, parce qu’intérieure, et pour la même raison beaucoup moins visible et bruyante.

La critique de la réincarnation

Tellement subversive que les travaux portant sur la réincarnation sont complètement ignorés. Les universitaires aiment à croire que les seuls travaux sérieux sont ceux qui respectent les critères universitaires et ne se font en général qu’à l’intérieur de l’université ; et qu’en dehors il ne se passe rien d’intéressant. Mais quand un universitaire, tout à fait au courant des exigences propres à l’université, fait un travail respectant tout à fait ces critères sur un sujet qui sent le soufre, il est complètement ignoré. Il en va ainsi des travaux de Stevenson.

On peut observer deux types d’attitude critique celle provenant des matérialistes et celle en provenance de l’Église et des chrétiens. Le plus simple pour connaître la critique matérialiste de la réincarnation est d’aller sur le site Skeptical Inquirer. Ce site est certainement le plus sérieux en ce qui concerne la critique matérialiste des phénomènes parapsychologiques. On ne trouvera rien de sérieux sur ce site concernant Stevenson. La critique de Paul Edwards est à peu près nulle. Mais en règle générale la critique des matérialistes est plutôt absente.

Si la critique matérialiste est à peu près inexistante, la critique catholique est très alambiquée. Les travaux de André Couture, Jean Vernette, Pascal Thomas (nom d’un collectif), sont absolument sans intérêt. Ils évitent soigneusement d’aborder la question sur le terrain factuel. Dans ces conditions, leurs propos ne sont guère que du bavardage et après de telles lectures la question n’a pas avancée d’un pouce. Dans le texte que vous pouvez consulter ici, Couture, pasteur protestant et bon connaisseur de la question de la réincarnation, fait une brillante démonstration de sa radicale incapacité à apporter un argument convaincant à l’encontre de la réincarnation.

Il est intéressant d’analyser les stratégies qu’il met en œuvre pour tenter d’endiguer la montée en puissance de l’idée de réincarnation. Dans ce texte, il analyse les divergences de conception de Swâmî Prajnânpâd et Denise Desjardins portant sur la réincarnation. Une telle analyse est curieuse de la part de quelqu’un qui n’adopte pas cette idée. Quel intérêt une telle analyse peut présenter pour lui ? Il ne tire aucune conclusion de ces divergences de conception. La conclusion, il la suggère, en quelque sorte, au lecteur : “ Voyez, ils ne sont même pas d’accord entre eux sur la manière dont ils conçoivent la réincarnation. ” Il ne dit pas clairement lui-même quelle conclusion il faudrait tirer de ces divergences de conceptions. Il est très simple de comprendre pourquoi. La seule conclusion qui l’intéresserait serait de pouvoir montrer que la réincarnation n’existe pas. Il ne peut évidemment pas tirer une telle conclusion à partir de l’analyse qu’il fait et il le sait, donc il ne la tire pas. Il laisse ainsi au lecteur le soin d’en tirer une fausse conclusion. Les propos alambiqués de ceux qui connaissent la question de la réincarnation et qui s’efforcent de montrer qu’elle n’existe pas ne trompent pas un lecteur averti. Il est intéressant de remarquer que certains matérialistes font exactement le même raisonnement à propos de l’existence de Dieu. Il serait intéressant que Couture nous explique pourquoi il vaut par rapport à la réincarnation mais ne vaut plus pour Dieu.

Certains lecteurs peuvent, à juste titre, se sentir frustré puisqu’après ce long article on ne trouve pratiquement rien comme argument pour ou contre la réincarnation. Je me suis contenté de flageller copieusement ceux qui, à mes yeux, le méritent. Je suis sûr, pour ma part, que la réincarnation existe. C’est même une des rares choses dont je sois sûr (je parle de ce qui peut être intéressant d’un point de vu philosophique). D’une part à cause de l’ensemble des travaux sur la question ; d’autre part à cause d’une expérience personnelle dont je n’ai pas envie de parler. Ce n’est pas mon propos, mon expérience personnelle ne prouve quelque chose qu’à moi, et pour ce qui est des travaux, je ne pourrais que répéter ce sue les autres ont dit. Je ne peux donc qu’offrir une bibliographie à ceux qui voudrait l’approcher sous l’angle factuel.

Bibliographie commentée

Les travaux les plus intéressants sont incontestablement ceux de Ian Stevenson. Trois de ses ouvrages ont été traduits en français, mais deux seulement portent directement sur ses observations :

* Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation, éditions Sand, 1985, réédition collection J’ai lu

* Réincarnation et biologie, éditions Dervy

Jean Louis Siémons fait une présentation des différents travaux sur le sujet dans un ouvrage intitulé : Revivre nos vies antérieures, éditions Albin Michel, 1984.

Nombre de psychothérapeutes, lors de leur pratique de techniques de régression de mémoire (ERM), ont été confrontés à ce qui pourrait être des réincarnations alors même qu’ils n’avaient aucune idée de ce genre. Michael Newton est l’un d’entre eux (il était même athée) et a écrit Un autre corps pour mon âme, Souvenirs de voyage dans l'au-delà, aux éditions de l’Homme. Ce qui est intéressant dans son approche c’est qu’après avoir fait cette découverte il s’est refusé à lire quoi que ce soit sur la question pour n’être pas influencé, et qu’ensuite il a cherché à savoir ce qui se passait entre deux vies, une démarche saine et atypique.

Marie Stanley Réincarnation... la nouvelle affaire Galilée ? Éditions Lanore.

Ouvrage intéressant sur l’Église par rapport à cette question.

Denise Desjardins De naissance en naissance, La Table Ronde, 1977.

Cet ouvrage ne fait pas partie des plus intéressants, mais a l’avantage d’être très vivant et de se lire comme un roman.

Dr Bertholet La réincarnation Éditions Rosicruciennes 1949, réédition Genillard 1988.

Ouvrage un peu dépassé mais qui était assez remarquable à son époque. Les rééditions successives en témoignent.

Platon La république Livre X (614c-621d).

Les sources de la question dans notre civilisation.

Patrick Drouot Des vies antérieures aux vies futures, édition du Rocher.

Un physicien qui s’intéresse à la réincarnation, cela tranche sur la petitesse d’esprit habituel de nos scientifiques qui ne semblent à l’aise que dans les vérités dérisoires.

Ouvrages critiques

Laurent Guyénot Les avatars de la réincarnation : une histoire de la transmigration, des croyances primitives au paradigme moderne, édition Exergue.

Cet ouvrage n’apporte pas vraiment d’argument et ne fait que comparer les différentes conceptions.

Laurent Guyénot Lumières nouvelles sur la réincarnation, édition Exergue.

C’est le seul que je connaisse qui fasse une critique de la réincarnation que l’on peut prendre, même si, à mon avis, elle est beaucoup moins conclusive qu’il ne le pense.

Christian Camus — 26/08/2014

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[1] Article de Yves Lambert, revue Le Débat, N° 75, Mai-Août 1993, édition Gallimard, p. 68

[2] Max Planck Autobiographie scientifique et derniers écrits, traduction A. George, éditions Albin Michel, 1960, p. 84

[3] Jostein Gaarder Le monde de Sophie, Traduction H. Hervieu et M. Laffon, éditions du Seuil, 1995, p. 495-496

[4] Le monde de Sophie, opus cité, p. 294

[5] Enquête faite pour Le monde des religions intitulée Portraits des catholiques par l’institut CSA, 2006 : http://www.csa-fr.com/dataset/data2006/opi20061025d-portrait-des-catholiques.pdf

[6] Livre X (614c-621d)

[7] Cité par Dr Bertholet La réincarnation, réédition par les éditions Genillard, 1988, p. 415

[8] Il publia le compte rendu de ses travaux sur ce sujet dans un livre intitulé « Les vies successives, document pour l'étude de cette question » Bibliothèque Chacornac, Paris 1911

[9] Raymond Moody et Paul Perry Voyages dans les vies antérieures, traduction Colette Vlérick, éditions Robert Laffont, 1990, p. 225

[10] Dr Bertholet La réincarnation réédition Genillard 1988  p. 20

[11] Ses observations ont été publiées sous le titre : Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation, éditions Sand, 1985, réédition collection J’ai lu, et également Réincarnation et biologie, éditions Dervy

[12] Expérience de régression de mémoire.

[13] Patrick Drouot Des vies antérieures aux vies futures, éditions du Rocher, réédition 1993, p. 21-22

[14] Émile Bréhier Histoire de la philosophie allemande, p. 43 de l’édition Vrin 1967

[15] Gilles Deleuze et Félix Guattari Qu'est-ce que la philosophie?, éditions de Minuit p. 10

[16] Opus cité p. 28

[17] Opus cité p. 33

[18] Charles Duits Victor Hugo, le grand échevelé de l'air, éditions Belfond, 1975, p. 89

[19] Saint Paul, I Thessaloniciens, V, 19-21