L’Église et la vie dans l’Univers

La question de l’existence de la vie dans l’Univers est une des grandes questions de notre époque. L’idée que nous ne serions pas seuls est fascinante. Nombre d’astronomes considèrent que c’est la principale question pour l’astronomie aujourd’hui. D’importants programmes sont consacrés à la détection de planètes extrasolaires susceptibles d’abriter la vie. Le projet Darwin, prévu pour être opérationnel entre 2015 et 2020, serait capable de détecter la vie dans ces planètes.

Les astronomes observent une centaine de milliards de galaxies dans l’Univers chacune d’entre elles possédant en moyenne une centaine de milliards d’étoiles. Ce qui représente 10 000 milliards de milliards d’étoiles dans l’Univers observable. C’est un nombre difficile à se représenter, mais il est fort intéressant d’essayer de le faire. De récentes observations ont permis d’évaluer à 2 milliards le nombre de planètes susceptibles de porter la vie dans notre galaxie. C’est-à-dire des planètes rocheuses présentant une température où l’eau peut être liquide. Les scientifiques ne savent pas du tout avec quelle fréquence la vie pourrait apparaître une fois les conditions nécessaires réunies. Nous savons seulement que sur Terre la vie est apparue très tôt après que les conditions l’ont permise. Ce qui donne plutôt à penser que cela doit être relativement fréquent. Nous pouvons dire aussi qu’il est clair qu’une fois apparue la vie évolue vers une plus grande complexité. L’évolution sur Terre n’a jamais cessé depuis le début et cela dans toutes les directions qu’ont prises les êtres vivants. Même si nombre d’espèces restent stables, la vie évolue sans cesse dans son ensemble. Si on évalue à 1 sur 10 la probabilité de l’émergence de la vie sur une planète habitable. Cela représenterait une civilisation autour d’une étoile sur 1 000. Cela fait, en gros, 10 000 millions de milliards de civilisations dans l’Univers.

On peut faire parler ces chiffres en les ramenant à des représentations que nous pouvons appréhender. Si on représente chaque étoile par une goutte d’eau, cela représenterait un cube d’eau de 30 km de côté, bien plus que n’en contient le lac Léman. Le nombre de civilisations représenterait à peu près autant de gouttes d’eau qu’en contient ce lac. Ou bien encore, pour chacun d’entre nous, il y aurait environ un milliard de planètes porteuses de civilisations. C’est vertigineux. Méditer là-dessus est un excellent moyen pour « Perdre le sentiment de sa propre importance », comme disait Carlos Castaneda[1]. Cela nous ferait à tous beaucoup de bien de perdre le sentiment de notre propre importance.

Si la vie existe partout dans l’Univers, on ne peut pas penser de la même façon, mais qu’est-ce que cela change ? J’ai remarqué que quand j’affirme que nous sommes une bande de microbes sur un grain de sable perdu dans l’Univers je suscite beaucoup d’embarras chez nombre d’entre nous. Ils ne peuvent guère le contester et semblent incapables de l’intégrer. Ce n’est plus « Le vide éternel des espaces infinis » qui effrayait tant Pascal qui nous dérange ; ce serait plutôt le plein. Toutefois, c’est particulier à la civilisation occidentale. Les indiens, qu’ils soient d’Inde ou d’Amérique, n’ont aucun problème avec cette idée. Pour nombre de chrétiens, c’est bien plus dérangeant encore.

Le point important qui nous dérange est sans doute la remise en cause de l’humanisme. J’entends par là cette attitude fréquemment répandue consistant à penser que l’homme serait ce qu’il y a de mieux dans l’Univers (Dieu mis à part pour l’humanisme en mode religieux). On ne peut évidemment plus accorder deux sous de crédit à cette idée si la vie existe partout dans l’Univers.

L’humanisme aurait d’ailleurs déjà dû perdre depuis longtemps tout crédit. Dans les années 60/70 le courant matérialiste a cru bon de récuser l’humanisme en raison d’une perspective déterministe. Mais il aurait déjà dû être ruiné par la redécouverte du mal (que l’on avait nié trop facilement) avec le nazisme. Mais les humanistes ont tendance à ôter subrepticement le statut d’êtres humains aux nazis afin de préserver la haute idée qu’ils se font de l’Homme. La découverte de la vie dans l’Univers ne permettrait aucun recours douteux de ce genre. Mais je vais plutôt examiner les conséquences pour l’Église et ses avatars.

La position de l’Église était très cohérente au moyen-âge, elle était largement crédible. On a beaucoup de mal aujourd’hui à se replonger dans cette époque et à percevoir cette cohérence. On croit volontiers que l’Église imposait sa doctrine plus par la force que par la logique ; mais c’est faux. Personne ne contestait véritablement sa doctrine, même les esprits les plus contestataires. Quand Abélard écrivait le Sic et non — recueil de près de cent cinquante contradictions qu’il avait relevées dans les écrits des pères de l’Église — ce n’était nullement à ses yeux une critique de la doctrine de l’Église. C’était des problèmes qu’il soulevait, dont il n’avait pas les réponses, mais dont il était persuadé qu’elles devaient exister. Avec l’amélioration de nos connaissances la doctrine de l’Église est devenue de plus en plus abracadabrante. Toutefois, elle n’a jamais été confrontée à un problème aussi sérieux que représente pour elle la vie dans l’Univers.

Elle aussi est concernée par l’abandon de l’humanisme. Son dernier catéchisme reprend la doctrine traditionnelle de l’Église, sans pratiquement aucun changement, mais en y introduisant toutefois l’humanisme. Elle s’est faite la championne de l’humanisme en reprenant ce flambeau aux matérialistes du XIXe. Décidément, l’Église a une propension particulière à sauter sur le mauvais cheval. D’autant que l’humanisme ne peut guère être considéré comme partie intégrante des évangiles, c’est une idée très moderne. Je ne vais pas m’étendre là-dessus, mais seulement vous donner cette citation :

« Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer.[2] »

La situation de l’Église face à la vie dans l’Univers

Toutefois, ce n’est pas ici que l’Église pourrait être fortement ébranlée, mais dans l’idée que le Christ serait fils unique de Dieu. C’est un point sur lequel elle est d’une extrême sensibilité. Ce dogme est si central que logiquement elle devrait se trouver ruinée si une preuve de l’existence de la vie dans l’Univers était apportée. Mais comme les idées ne fonctionnent guère conformément à la logique, gageons qu’elle arriverait à s’en tirer. Elle y laisserait sans doute quelques plumes. Mais elle en a l’habitude.

D’ailleurs, elle se prépare déjà à cette idée. Voyons ce que dit le père Funes, astronome du Vatican : « Depuis toujours, l’Église s’est intéressée à l’astronomie. Y compris d’ailleurs pour combattre les théories jugées dangereuses et persécuter ses auteurs comme Galilée. » Comme par hasard, il oublie Giordano Bruno qui a été brûlé pour avoir défendu l’idée de la pluralité des mondes. Il dit aussi :

« Il n’y a aucune preuve de vie extraterrestre jusqu’ici mais, dans un univers aussi grand avec cent milliards de galaxies qui ont chacune des milliards d’étoiles, quelques unes peuvent avoir des caractéristiques similaires à la Terre...[3] » Le père Funes réduit astucieusement les possibilités à quelques unes, mais ce serait franchement bizarre. Nous venons de voir les chiffres qui le montrent. Est-ce pour tenter d’amoindrir l’impact ? Ou bien encore :

« Comment peut-on exclure la possibilité qu’une vie se soit développée ailleurs ? De même qu’il y a une multitude de créatures sur Terre, il pourrait y avoir d’autres êtres, y compris dotés d’une intelligence, créés par Dieu. Cela ne contredirait aucunement notre foi, puisqu’il n’existe pas de limites à la liberté de création de Dieu.[4] » Tiens-donc ! Alors Bruno aurait été brûlé pour rien ? Les théologiens de l’époque n’étaient pas capables de comprendre que « Cela ne contredirait aucunement notre foi. » Ou que cette idée « ne saurait être contraire à la foi chrétienne.[5] » La foi chrétienne, sans doute pas, mais la foi catholique c’est autre chose, et elle ne peut absolument supporter cette idée. L’idée que le Christ serait fils unique de Dieu fait partie du credo qui exprime le noyau dur de la croyance catholique. Une remise en cause du credo est impensable pour l’Église, ainsi que le dogme de la trinité qui évidemment va avec. Le père Funes se gardent bien d’aborder ce problème de front. Mais d’autres l’abordent :

« Davies a résumé les tensions au sein de l’Église catholique : " L’histoire montre que les chrétiens sont divisés en deux camps : Certains croient que c’est la destinée humaine d’apporter le salut aux aliens, et d’autres croient en des incarnations multiples ". Il fait référence à la croyance selon laquelle le Christ pourrait s’être également manifesté sur d’autres planètes. Mais "l’allusion à des incarnations multiples est une hérésie pour le Catholicisme".. (Et Giordano Bruno en savait quelque chose).[6] »

L’Église serait donc devant trois possibilités :

1) Remettre en cause l’idée que le Christ serait fils unique de Dieu.

2) Continuer à penser que l’incarnation du Christ serait unique, avec les conséquences que cela impliquent.

3) Penser que le Christ s’incarnerait partout où ce serait nécessaire.

Nous allons voir qu’aucune n’est vraiment tenable. La seconde conduit à deux possibilités. Soit on pense que les autres vies intelligentes n’avaient pas besoin de l’incarnation du Christ car elles seraient indemnes du péché originel. Soit on pense que la Terre aurait un rôle apologétique très spécial à jouer dans l’Univers. Voici encore ce que dit le père Funes, nous allons voir encore mieux que c’est un authentique jésuite :

« le directeur de l’observatoire du Vatican José Gabriel Funes [...] envisage même l’existence d’une planète habitée par des êtres qui n’auraient pas commis le péché originel.

Interrogé sur la délicate question théologique posée par le péché originel qui pèse sur l’espèce humaine et par le besoin de rédemption qui en découle, le jésuite avance que « si d’autres êtres intelligents existent, il n’est pas dit qu’ils aient besoin de la rédemption ».

Peut-être « sont-ils restés dans la pleine amitié avec leur créateur » sans avoir commis le péché originel, explique-t-il.

Dans le cas contraire, « l’incarnation » (la venue sur terre du Christ, fils de Dieu et Dieu incarné pour racheter les péchés des hommes) vaut aussi pour eux, estime-t-il encore, car « l’incarnation est un événement totalement unique ».[7] »

Le père Funes n’envisage pas l’idée que l’humanité aurait une mission si spéciale qu’elle serait destinée à porter la bonne parole partout dans l’Univers. C’est normal, étant astronome, il a une idée plus précise de ce qu’est l’Univers. En effet, comment nos missionnaires pourraient-ils faire ? Vous imaginez un missionnaire parler du Christ à un milliard d’années-lumière de la Terre ? Je laisse de côté les problèmes techniques et temporels, l’Église doit croire qu’elle a l’éternité devant elle. Mais il y aurait déjà beaucoup de civilisations qui seraient mortes avant même que ces missionnaires ne s’envolent. Comment ceux-là seraient-ils sauvés ?

Quand à la troisième possibilité, imaginer que le Christ se serait incarné dans toutes ces civilisations pour y subir un sort semblable à la nôtre (puisque celui-ci serait paraît-il nécessaire à notre salut) cela signifierait que dans des milliers d’endroits à la fois il serait en train de se faire pendre, étripailler, empaler, brûler, écarteler, enterrer vivant, noyer, écorcher vif et sans doute bien des choses que nous n’avons pas encore inventé. Ce n’est quand même si facile à avaler. Dieu aurait de singulières manières avec son propre fils. L’idée n’est déjà vraiment pas facile à avaler comme évènement unique, c’est le moins que l’on puisse dire, mais l’étendre à des milliards de fois ! Mais elle est de toute façon contraire à la doctrine de l’Église pour laquelle nous avons vu que l’incarnation du Christ est unique.

Mais revenons à la première possibilité. Il est intéressant de comprendre qu’il n’y a pas que la centralité de ce dogme qui pose problème. Le catholicisme est fondé sur l’idée que le magistère de l’Église est choisit par Dieu pour interpréter sa Parole. Être catholique, ce n’est pas penser ceci et cela et qu’il se trouve que cela corresponde à ce qu’enseigne l’Église. C’est avoir foi en l’Église et en son magistère et conséquemment penser que ... Après s’être posée comme l’interprète “ officiel ” de la Parole de Dieu pendant 2 000 ans, l’Église est complètement bloquée pour réviser sa doctrine, au moins sur les points importants. En plus, elle a déclaré dogmatiquement qu’elle était infaillible. Non seulement, renoncer à ce dogme serait une révision drastique de sa doctrine impossible à envisager, mais aussi cela mettrait radicalement en cause son autorité, fondement même de sa doctrine. Ainsi, l’Église est coincée par ce problème comme jamais elle ne l’a été.

Au moyen-âge, on pouvait traverser l’Univers à pied. La connaissance que l’on a aujourd’hui de l’Univers n’a évidemment plus rien à voir, et cette connaissance rejaillit forcément sur la conception que l’on se fait de Dieu. Il acquière une autre ampleur, une toute autre échelle. Que l’on puisse recevoir la visite du fils de Dieu était compatible avec la conception que l’on pouvait en avoir au moyen-âge, cela ne l’est plus avec la nôtre.

On peut remarquer que la conception géocentrique est tellement prégnante dans la civilisation occidentale qu’elle est passée en mode laïc sous le couvert de l’humanisme. Cet humanisme était complètement étranger à la pensée de l’Église au moyen-âge. À l’époque on croyait aux hiérarchies célestes, idée évidemment incompatible avec l’humanisme. Il a été inventé par la philosophie des lumières et il était la traduction du géocentrisme, humanisme qu’elle a récupéré au XXe siècle.

Mais la civilisation occidentale peut fort bien se passer du géocentrisme tandis que la doctrine de l’Église ne peut se comprendre sans lui. Galilée en faisant du Soleil le centre de l’Univers ne le remettait en cause que faiblement. Cela ne touchait que la mécanique céleste et la Terre restait le seul endroit habité dans l’Univers. Ainsi, l’Église n’en était pas vraiment affectée. Mais Bruno remettait en cause le géocentrisme bien plus radicalement que Galilée. La vie extraterrestre n’offrirait aucun moyen de conserver le dogme. Sauf évidemment à penser que l’humanité aurait une mission apologétique très particulière, mais seul un insensé peut prendre cela au sérieux.

Non seulement l’idée que le Christ serait fils unique de Dieu est abracadabrante, elle est d’une naïveté qui n’est plus de mise aujourd’hui. Mais en plus, il faut voir en plus qu’elle se justifie très difficilement.

Par les textes d’abord : le Christ se désigne lui-même systématiquement comme le Fils de l’Homme (76 fois dans les évangiles). Il est seulement désigné 4 fois comme étant le fils unique de Dieu dans l’évangile de Jean[8]. Or, celui-ci est considéré comme le plus tardif et le moins fiable par les exégètes.

De plus, il n’y a pas que les textes, mais l’histoire de l’idée. Elle est complètement battue en brèche par la critique historique. On sait qu’elle s’est imposée à la suite d’une foire d’empoigne épique. Arius et l’évêque Alexandre en furent les principaux protagonistes. On ne peut pas s’empêcher de penser en étudiant cet épisode qu’elle doit beaucoup plus à l’entregent et à la pugnacité des défenseurs ainsi qu’au hasard de l’histoire qu’à la force de leurs arguments[9]. Non seulement la doctrine de l’Église est mis à mal sur un point constitutif, mais ce point peut être critiqué sur un double front : historique et cosmogonique, et chacune de ces critiques est à elle-même suffisante. L’Église ne peut présenter aucune réponse satisfaisante à ces critiques, elle ne peut que les ignorer ou les contourner subrepticement. Mais ces critiques n’affectent que la doctrine de l’Église, pas le christianisme.

Catholique signifie universel. Il est clair que le message de l’Église n’a d’intérêt que dans la mesure où il est universel. C’est-à-dire qu’il n’est pas l’élucubration d’ignorants vivant sur un grain de sable perdu dans l’Univers. D’ailleurs, son message est universel, au moins dans une mesure limitée. L’existence de civilisations ailleurs dans l’Univers va rendre beaucoup plus difficile la prétention de l’Église à l’universalité. Mais c’est peut-être aussi une occasion d’essayer de faire tendre le christianisme vers cette universalité. Mais cela ne peut se faire que sans l’Église. Examinons maintenant le problème de la vie dans l’Univers.

La question de la vie dans l’Univers

Plus notre connaissance astronomique a progressé, plus elle a tendu à faire de la Terre un endroit quelconque de l’Univers. On a d’abord découvert que le Soleil n’était qu’une étoile parmi bien d’autres. Avec le progrès de nos télescopes, le nombre de ces étoiles n’a fait que croître. Pendant des siècles, beaucoup ont voulu croire que notre Soleil était la seule étoile à être accompagnée de planètes. Ce n’est plus possible. Le dernier refuge pour ceux qui préfèrent la solitude consiste à penser que la Terre serait la seule à porter une vie intelligente, bien qu’elle ne soit pas la seule planète à présenter les conditions nécessaires à la vie. Cette position, bien sûr, est extrêmement difficile. Elle n’est pas tenable.

L’idée que les conditions nécessaires à la vie sont présentes des milliards de fois dans l’Univers peut être considérée comme acquise. Comme je l’ai dit, nous avons déjà détecté à peu près 200 planètes sur près de 1 700 qui présente des conditions comparables à la Terre. Et si la proportion est relativement faible c’est sans doute que nos moyens favorisent la détection de grosses planètes situées près de leurs étoiles et invivables.

Le paradoxe de Fermi

Fermi s’est demandé pourquoi si les extraterrestres existaient ils n’étaient pas déjà là. Beaucoup d’étoiles situées dans notre galaxie sont plus vieilles que le Soleil. Des civilisations plus avancées que la nôtre auraient dû apparaitre depuis longtemps parmi ces systèmes plus âgés. Pourquoi n’en observons-nous aucune trace ? Fermi posait cette question en 1950, pendant la période où l’on commençait à s’intéresser aux OVNI, mais pourquoi ne s’est-il pas posé sérieusement la question de leur existence ?

En effet, une réponse possible à ce paradoxe consiste à dire : “ Mais ils sont déjà là ”. Vous connaissez ces zigotos capables de prendre ce genre de position. J’en fais partie. Mais avez-vous vraiment pris la peine d’examiner sérieusement leurs arguments ? Toutefois, je ne vais pas vraiment développer cette question ici ; ce n’est pas dans mes compétences et ce n’est pas le sujet. Je vais plutôt vous renvoyez aux sites qui la traite. Néanmoins, je vais développer quelques arguments. Je vais commencer par l’argument d’autorité. Je sais que la scolastique considérait, à juste titre, que c’était le plus mauvais des arguments. Aussi, je ne lui donnerai pas d’autre portée que de montrer que c’est une question qui mérite d’être examinée soigneusement.

Quand les scientifiques traitent de la question de la vie dans l’Univers ils ne s’interrogent jamais sur la question de l’existence des OVNI. C’est normal, c’est interdit. Par une loi non-écrite où ne vous risquez pas grand chose : seulement votre carrière. Sauf bien sûr si vous traitez la question sur le mode de l’ironie ou pour affirmer péremptoirement qu’ils n’existent pas en ignorant tout de la question. Mais moi qui n’ait jamais songé à faire carrière, je ne risque absolument rien. Ce n’est pas drôle.

Il existe un seul pays au monde où la question de l’existence des OVNI n’est pas traitée par des organismes militaires, mais par un organisme officiel civil. Ce pays c’est la France. Cet organisme est issu du CNES et s’appelle aujourd’hui le GEIPAN. L’avantage des civils est qu’ils sont plus causants. Claude Poher et Jean-Jacques Velasco ont été tous les deux directeurs du GEIPAN (qui portait un autre nom à l’époque mais peu importe) et ils reconnaissent tous les deux l’existence des OVNI. Je crois qu’ils l’ont d’ailleurs quitté parce qu’ils ne pouvaient pas s’exprimer comme ils le voulaient.

Autre chose, le rapport Cometa que vous pouvez consulter ici, a été rédigé en 1999 à l’intention du gouvernement français dans le but déclaré de lui faire prendre conscience de l’existence des OVNI. Il convient de remarquer que le groupe qui rédigea ce rapport est composé, entre autres, de trois généraux dont deux de l’armée de l’air et un amiral. Or, il n’y a personne qui soit mieux placée que des généraux de l’armée de l’air, ou des amiraux, pour savoir si les OVNI existent ou non (à part évidemment les témoins directs d’une rencontre rapprochée, mais ils sont moins crédibles). Ce rapport est encore un exemple qui montre qu’il règne en France une assez grande liberté dans les hautes instances autour de cette question, qui contraste fort aussi bien avec la rigidité d’esprit commune aux français qu’avec l’attitude des autres gouvernements (sauf d’Amérique du Sud). Si ce rapport est sérieux, il faut savoir toutefois qu’il représente une vision de l’ufologie plutôt dépassée. Ce qui est parfaitement normal pour un rapport dont on peut dire qu’il est presque officiel. À mon avis, ce document a été commandité par Jacques Chirac. Des généraux de l’armée de l’air n’ont absolument pas besoin d’élaborer un tel document pour faire prendre conscience au gouvernement de l’existence des OVNI. Pour une telle question, ils peuvent évidemment entrer à l’Élysée comme ils veulent. Mais si Chirac voulait faire avancer la question sans prendre officiellement position, commanditer en douce un tel rapport était évidemment une voie possible. J’en resterai là pour les arguments d’autorité, il y en a beaucoup d’autres, et je voudrais maintenant vous exposez un argument personnel que je trouve très intéressant.

Cet argument m’est venu à la suite de la lecture d’une statistique que voici : « Selon Stephen Bassett, sur les 225 millions d’américains de plus de 18 ans : 56 % soit 126 millions, pensent que les ovnis existent. 80 % soit 180 millions, pensent que le gouvernement leur cache la vérité.[10] »

Cette différence est plutôt curieuse. Que pensent donc les 24 % qui la constituent ? Ils ne sont pas sûrs de l’existence des OVNI, mais sont convaincus que leur gouvernement leur cache quelque chose. Mais si le gouvernement leur cache quelque chose, c’est qu’il a quelque chose à cacher. Et s’il a quelque chose à cacher, c’est que les OVNI existent. Ainsi, leur position est plutôt absurde mais elle s’explique. Il y a beaucoup plus d’évidence à ce que le gouvernement cache quelque chose qu’à l’existence des OVNI elle-même. Et c’est normal. Il est beaucoup plus facile, pour le gouvernement, de cacher l’existence des OVNI que de cacher qu’il cache quelque chose. Pour bien faire, s’il voulait (et s’il pouvait) vraiment le cacher, il faudrait aussi cacher qu’il cache quelque chose. Mais cela lui serait très difficile, pour ne pas dire impossible. Pourquoi, par exemple, l’armée américaine continue de faire des enquêtes sur les OVNI s’ils n’existent pas ? Ils peuvent ne pas révéler le fruit de leurs enquêtes, ou mentir, mais ils ne peuvent pas cacher qu’ils font des enquêtes. Et quand on connaît un tout petit peu la question, il est évident que le gouvernement américain n’est pas clair du tout sur cette question (ni les autres d’ailleurs, mais à un moindre degré).

Prenons le problème dans l’autre sens. Si les OVNI n’existaient pas, le gouvernement n’aurait absolument rien à cacher. Et du coup, il traiterait ouvertement le problème. Il commencerait évidemment par enlever la question des mains des militaires pour la confier aux civils. En fait, elle n’aurait même jamais été confiée aux militaires et serait restée dans les mains des civils comme elle l’était au début. Il aurait tout intérêt à traiter ouvertement le problème, ce serait évidemment le meilleur moyen de montrer que les OVNI n’existent pas et de dégonfler la question. Mais comme à l’évidence il cache quelque chose, c’est donc qu’il a quelque chose à cacher.

Ce que je viens de dire montre aussi que l’on peut aborder la question de l’existence des OVNI de façon tout à fait différente et plus simplement. Plutôt que de se demander si les OVNI existent, il est plus commode de se demander si les gouvernements nous cachent quelque chose. Et quand on étudie un peu la question, il est vraiment évident qu’ils nous cachent quelque chose.

Je voudrais terminer là-dessus en disant que cet argument me semble extrêmement puissant. Et il a l’avantage de contourner la désinformation que les gouvernements, particulièrement le gouvernement américain, pratiquent sur cette question. L’idée que s’ils cachent quelque chose c’est qu’ils ont quelque chose à cacher me semble incontournable. Et l’idée qu’il leur est beaucoup plus facile de cacher quelque chose que de cacher qu’ils cachent quelque chose est tout aussi incontournable.

J’ajouterai que depuis deux ou trois ans la question a évolué considérablement. De plus en plus, les gouvernements dévoilent ce qu’ils savent de la question. Plusieurs gouvernements d’Amérique du sud ainsi que le gouvernement anglais ont déclassifié des documents. Mais je vous laisse le soin de découvrir tout cela. Ainsi, l’idée de l’existence des extra-terrestres avance très vite en ce moment. L’Église, comme notre société, pourrait bien s’y trouver confrontée beaucoup plus tôt qu’on ne le pense. Si le bouleversement pour notre société serait bien moindre que pour l’Église, il pourrait être cependant assez conséquent.

Toutefois, en dehors de l’Église ou de ses avatars, le christianisme lui-même n’est pas affecté du tout par l’idée de la pluralité des mondes. Si l’Église a absolument besoin de l’idée que le Christ serait fils unique de Dieu, le christianisme n’en a absolument pas besoin. La conception de Rudolf Steiner, ou le spiritisme chrétien, incluent l’idée de la pluralité des mondes. Si le géocentrisme est constitutif de la doctrine de l’Église, il ne l’est pas du christianisme. Mais la rupture avec le christianisme traditionnel est radicale.

Le père Teilhard de Chardin — qui avait quelques longueurs d’avances sur nos braves fonctionnaires de Dieu, raison pour laquelle on l’a mis à l’index — était très préoccupé par le problème. Il a inventé la notion de Christ cosmique. Évidemment, si le Christ est fils unique de Dieu, il est à l’échelle du cosmos. Mais cela ne répond évidemment pas le moins du monde à la question : pourquoi le grain de sable sur lequel nous rampons à eu l’insigne honneur de recevoir la visite de ce Christ cosmique ? Mais s’il n’a pas répondu au problème, il a posé quelques bonnes questions.

On ne sait pas très bien ce que le Christ voulait dire par « fils de l’homme », mais cela ne voulait sûrement pas dire fils unique de Dieu. D’ailleurs, il y a aussi des phrases dans les évangiles qui interdisent de penser qu’il se prenait pour le fils unique de Dieu : « Vous ferez mes œuvres et de plus grandes encore. » Cette phrase me paraît d’ailleurs devoir être interprétée dans une perspective évolutionniste.

Récemment, on a pu détecter la composition de l’atmosphère d’une planète extrasolaire, et cela signifie que dès aujourd’hui nous avons la possibilité de détecter la vie dans une autre planète. En effet, si son atmosphère contient de l’oxygène cela signifie que la vie est présente sur une planète. L’oxygène est un gaz très réactif et en l’absence de vie il ne pourrait exister que sous une forme composée dans un oxyde quelconque. Bien sûr, ce ne serait pas la preuve d’une vie intelligente. Mais cela prouverait que la vie est très répandue et nous savons qu’elle évolue systématiquement. Pour détecter cet oxygène il faudrait que nous ayons un peu de chance car nous ne pouvons le faire, pour l’instant, que si cette planète et son étoile sont alignées par rapport à nous. Ce qui ne concerne qu’une petite fraction d’entre elles.

Rendez-vous compte, il se pourrait que demain les astronomes nous annoncent que la vie existe ailleurs dans l’Univers. Si cela arrivait, logiquement, l’Église devrait s’effondrer. Mais les hommes ne sont pas logiques. S’ils l’étaient il y a déjà longtemps que l’Église se serait effondré de même que toutes les structures de croyances collectives. En fait, elle ne perdrait que quelques plumes et monterait d’un cran dans l’absurdité.

Pour informations :

Site très complet et sérieux :

http://ufologie.net/indexf.htm

Autre site intéressant, mais beaucoup moins complet :

http://www.ufo-science.com/wpf/?page_id=4

Blog de Gildas Bourdais :

http://bourdais.blogspot.com/

Sans oublier le rapport Cometa déjà cité :

http://www.cnes-geipan.fr/documents/Cometa.pdf

Voici une vidéo intéressante. Une émission de télévision honnête, c’est assez rare pour mériter d’être signalée. Si une telle émission a pu passer, c’est peut-être qu’il y a quelque chose de changé dans l’attitude officielle :

http://video.google.fr/videoplay?docid=-4982859808236639562

Christian Camus                 22/04/2011

– RETOUR AU MENU ARTICLES –

Ce texte est déposé. Toutefois, vous pouvez le reproduire en partie ou en totalité à condition de ne pas le modifier et d’indiquer la source. Tout usage commercial est interdit.



[1] Citation de mémoire. Citer Castaneda ne signifie pas du tout que je lui accorde le moindre crédit. Mais la phrase est belle et c’est seulement à l’idée que j’accorde beaucoup de crédit.

[2] Mat. 7,6

[3] http://www.lexpress.fr/actualites/1/au-vatican-la-tete-dans-les-etoiles-pour-se-rapprocher-de-dieu_889495.html

[4] http://www.20min.ch/ro/news/insolite/story/19222631

[5] http://www.ovnis-usa.com/vatican-let-est-mon-frere/

[6] http://www.ovnis-usa.com/vatican-let-est-mon-frere/

[7]  http://newsoftomorrow.org/spip.php?article4138

[8] Jean 1-14, 1-18, 3-16, 3-18. J’ai fait ce décompte moi-même assez rapidement, il est fort possible que des erreurs s’y soient glissées ; quoi qu’il en soit, cela ne changerait rien quand au fond.

[9] On peut lire à ce sujet l’intéressant ouvrage de Richard E. Rubenstein Le jour où Jésus devint Dieu, éditions La découverte, Paris, 2001

[10] http://www.ovnis-usa.com/page/6/ article du 24 avril